Jean-Luc Despax – Des raisons de chanter – 122 p – 11€ – éditions Le temps des Cerises
Ce recueil ne fait pas dans le neutre et le bucolique. Loin s’en faut ! Résolument politique, le marteau des mots ici frappe fort dans sa critique acerbe de notre société tirant de plus en plus la langue… de bois néo-libérale. Voici donc une bombe poétique à mettre entre toutes les mains, n’ayant pas peur de s’engager sur un chemin – non dénué d’humour et d’ironie – qui tourne net et beau à gauche.
Quelques extraits :
Homo Democraticus
Rues bondées
Grands magasins
Dans le sac plus ou moins biodégradable
Deux livres qui ne seront pas lus
Trois disques voués à prendre la poussière
La pensée plastifiée
Et le sexe en compote
On nous donne l’impression cependant
Qu’il (le sexe) a colorié en rouge
Les instants de plaisir conduisant à la caisse
Personne n’est venu se promener ici après avoir
;;;fomenté la subversion du système de consom-
;;;mation généralisée
Tout le monde est venu consommer
Fringue addiction, qui n’est pas blâmable en
;;;soi(e)
Parfumerie, commerce culturel de masse
Qui songerait à sermonner les marchands du
;;;Centre ?
On y respire assez bien après tout, il n’y est pas de
;;;petite faim
Il y a des journaux gratuits
Et pour quelques sous de plus
La possibilité de faire l’actualité
Consommer étant, paraît-il, un geste patriotique
Frivolité indigeste
La poésie en blockbusters, vous en rêviez
En produits dérivés, en dessins animés
En feuilletons TV, posters, calendriers
Ici, Britney Spears tutoierait Lorand Gaspar
Mais la réalité, tout le monde connaît :
Pour une pizza chorizo, adieu poèmes
Parmi ses autres recueils : “220 slams sur la voie de gauche” (2010) chez le même éditeur ; “Grains de beauté” (1991), “Equations à une inconnue” (1994), tous deux chez Maison de poésie ; à cela s’ajoutent un essai consacré au poète Ossip Mandelstam ( 2004, édition Aden) et un roman “Prof is beautiful” (2005, même éditeur)
A consulter ici, la présentation du travail d’écriture de Jean-Luc par Bernard Fournier

“Pour une pizza chorizo, adieu poèmes” : mais n’y a-t-il pas de la poésie dans les saveurs de la pizza chorizo ? Ô nourritures cerrestres…
euh… cela dépendra des mots qui la composeront, je crois.