L’ingénu devant la mer

 
 
 
 
 
 
 
 
                                                     Longues-sur-Mer - Photos de Vent d'amont
 
 
 
                                                                Longues-sur-Mer – Photos de Vent d’Amont
 
 
 
 
                                              Longues-sur-Mer
 
 
 
 
 
     Fuir,
     fuir, pense t-il.
     Il a dévalé la pente qui le mène jusqu’à ce coin qu’il apprécie tant et plus.
     Il s’est assis sur un rocher, sous le crachin, à l’éveil du ponant.
     Il se regroupe, se rassemble, se fait roc ; manière sienne de méditer, d’être au plus près de l’âme comme des éléments qui l’entourent… houle
     que tout cela, houle !
     et entre ses doigts crispés, hurle un galet qu’il ne se sent plus la force de projeter… houle,
     houle !
     et dans sa bouche, des mots écument encore, malgré ce bruit, parfois, de coquilles vides craquant sous la denture cariée de réels ou non rivages.
     Mais fuir,
     fuir, pense t-il toujours,
     et, tout d’abord, ce temps hautain,
     tel un mâtin
                      près de bondir,
     tandis que la mer bêle de plus belle
     et, déjà, lui lèche l’entrejambe avec sa langue râpeuse de chatte énamourée, oh
     houle,
     quelle houle !
     et ce frisson des plus suaves qui le parcourt !…
  
     Puis, soudain… au loin… un cri perçu, reconnu. Le roc se brise. Il plonge et embrasse l’eau glacée
     et nage,
              nage,
     et il sait que cette rage qu’il déroule vers une énième soeur de misère mazoutée
     nullement ne le dégage de la souillure,
     ni de la honte, accablante épave au mitan du ventre.
 
 
 
 
 
                                                 Karl Daubigny (1846 -1886) - Falaises au soleil couchant
 
 
                                                 Karl Daubigny (1846-1886) – Falaises au soleil couchant sur
 
 
 
Poème extrait d’un ensemble appelé Tétraptyque publié dans le dernier n° de Florilège, revue  trimestrielle  de création litteraire et artistique, que vous pourrez découvrir sur le blog de mon ami en poésie, Jean-Michel Lévenard : http://des-passantes.over-blog.com/
 
 
 
 
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A propos Morgan Riet

Né en 1974 à Bayeux dans le Calvados. Y réside toujours. Ecrit parfois. Textes publiés dans les revues suivantes : Décharge, Comme en poésie, Cairns, Ecrit(s) du Nord, Recours au poème, Créatures, Gros Textes, Friches, L'Autobus, Traction-brabant, Microbe, Poésie première, Florilège, Le Capital des mots, Francopolis, Mauvaise graine, Poésie/Seine, les Nouveaux cahiers de l'Adour, Inédit Nouveau, les Tas de mots, Libelle, Ce qui reste, les Amis de Thalie, 17 secondes, l'Herbe folle, les Cahiers de poésie, les Cahiers de la rue Ventura, Verso et Paysages écrits *** Recueils et plaquettes : "Lieu cherché, chemins battus" (éd. Clapàs - 2007), "En pays disparate" (même éditeur - 2010)," Midi juste environ" (auto-édition - 2011), Du côté de Vésanie, illustré par Matt Mahlen (éd. Gros textes - 2012), ça brûle (-36° édition - 2012), "Quelque chose", photos de David Lemaresquier (éd. Les Tas de mots - 2013), "Vu de l'intérieur" , illustré par Hervé Gouzerh (éd. Donner à voir - 2013), "A fleur de poème", illustré par Matt Mahlen (même éditeur - 2016), "Sous la cognée" (éd. Voix tissées - 2017) *** Ouvrages collectifs : "Visages de poésie" - tome 6 - de Jacques Basse (éd. Rafael de Surtis - 2012), "L'insurrection poétique" - collection Po&vie (éd. Corps Puce - 2015), "Perrin Langda & compagnie (Mgv2>publishing - 2015), "Arbre(s)" (éd. Donner à Voir - 2016), "Dehors, recueil sans abri" (éd. Janus -2016)
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7 commentaires pour L’ingénu devant la mer

  1. Danyel dit :

    Merci à toi, de nous faire partager cela, c’est bien écrit pour ceux qui aiment le mer, comme nous !Amitié et à bientôt, ton ami. Daniel

  2. Jean-Claude dit :

    J’en reste ingénu à terre…lol
    Bonne journée à toi

  3. Pierre dit :

     
     Bonjour Morgan !
     
      Très joli le com-en-terre de J.C. !   
     
     Je refais toujours au moins deux ou trois lectures de tes poèmes: il faur défricher toute les explorations de ton art d’écrire!
     
     J’aime tout particulièrement les images "  Il se regroupe, se rassemble, se fait roc  " et " tandis que la mer bêle de plus belle "   : j’y plonge, j’y replonge et je songe …………
     
    Bonne journée,
     
    Pierre
     
     
     

  4. Luce dit :

    Ce sont des mots bien profonds
    tirés des entrailles de la misère
    intérieure non ? Ça te rejoins
    dis moi ? j’aime bcp ce genre
    de chose…. ça demande une
    lecture attentive et ça fait réfléchir
    à la fois. 
     
    Merci de ta visite, chaque elle me touche !
    Merci encore xx

  5. Elisa dit :

    Un texte bien littéraire où notre belle langue Française prend un bel essor sous ta plume !
    Je reviendrais lire un peu plus profondèment !
    Bon après-midi ;o)
     

  6. Armelle dit :

    La grâce, la fureur de l’océan, mer assassine parfois, mais vitale, j’aime tes mots Morgan, merci…
    Amicalement,
    Armelle

  7. Seshet dit :

    J’aime l’écriture, les mots… et la poésie… Même triste ou violente…
    "La poésie ne doit pas périr. Car alors, où serait l’espoir du Monde?" (Léopold Sédar Senghor)
     
    A bientôt,
    Seshet

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