Dividendes

 
 
 
 
I
 
 
 
Sans reliefs
 
est la vie qui ne se nourrit
 
de rien.
 
 
Pour l’heure,
 
la mienne,
 
malgré dépits et plaines,
 
ne démord, poings fermés,
 
de cette idée d’être
 
ogresse ;
 
 
elle in-gère même,
 
en son ventre,
 
un vaste compte de faits escomptés !
 
 
 
II
 
 
 
                                       Dévaler, remonter la pente, le serpent
 
                                       de la langue, avaler son venin qui peut mettre
 
                                      en veine, l’âme ainsi en allée à vau-l’eau
 
                                      vive, et puis le
 
                                      recracher, hâve, hâlé, selon
 
                                      les méandres du fleuve, mais
 
                                      toujours
 
                                      écrire,
 
                                     marcher,
 
                                     même en vain,
 
                                     comme un arracheur
 
 
                                                                                                                      de temps.
 
 
 
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A propos Morgan Riet

Né en 1974 à Bayeux dans le Calvados. Y réside toujours. Ecrit parfois. Textes publiés dans les revues suivantes : Décharge, Comme en poésie, Cairns, Ecrit(s) du Nord, Recours au poème, Créatures, Gros Textes, Friches, L'Autobus, Traction-brabant, Microbe, Poésie première, Florilège, Le Capital des mots, Francopolis, Mauvaise graine, Poésie/Seine, les Nouveaux cahiers de l'Adour, Inédit Nouveau, les Tas de mots, Libelle, Ce qui reste, les Amis de Thalie, 17 secondes, l'Herbe folle, les Cahiers de poésie, les Cahiers de la rue Ventura, Verso et Paysages écrits *** Recueils et plaquettes : "Lieu cherché, chemins battus" (éd. Clapàs - 2007), "En pays disparate" (même éditeur - 2010)," Midi juste environ" (auto-édition - 2011), Du côté de Vésanie, illustré par Matt Mahlen (éd. Gros textes - 2012), ça brûle (-36° édition - 2012), "Quelque chose", photos de David Lemaresquier (éd. Les Tas de mots - 2013), "Vu de l'intérieur" , illustré par Hervé Gouzerh (éd. Donner à voir - 2013), "A fleur de poème", illustré par Matt Mahlen (même éditeur - 2016), "Sous la cognée" (éd. Voix tissées - 2017) *** Ouvrages collectifs : "Visages de poésie" - tome 6 - de Jacques Basse (éd. Rafael de Surtis - 2012), "L'insurrection poétique" - collection Po&vie (éd. Corps Puce - 2015), "Perrin Langda & compagnie (Mgv2>publishing - 2015), "Arbre(s)" (éd. Donner à Voir - 2016), "Dehors, recueil sans abri" (éd. Janus -2016)
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13 commentaires pour Dividendes

  1. Philippe dit :

    les vies vides ne produisent pas de mots. excellent.

  2. . dit :

    Heu, je reste un peu hermétique à cette disposition. Pourquoi décaler certains mots ? La disposition des vers se veut libre ? Ou ai-je loupé quelque chose… ^_0

  3. Jean-Claude dit :

    Superbe cet arracheur de temps…Amitiés

  4. Babel dit :

    les mots me manquent, comme souvent en te lisant ! cet arracheur de temps nous montre le chemin, le seul qui soit en vue..

  5. Morgan dit :

    Chère Véronique, pourquoi le haïku, pourquoi le sonnet à ce compte-là ? J’ai le sentiment que tu restes fixé sur une conception très classique de la poésie quant à sa forme. Et si tu observes bien la composition du poème, notamment la deuxième partie, je ne renie pas pour autant cet héritage passé :Devaler, remonter /la pente, le serpent (alexandrin)de la langue, avaler/ son venin qui peut mettre (alexandrin)en veine, l’âme ainsi / en allée à vau-l’eau (alexandrin + tout un jeu d’allitérations !)vive, et puis le (tétrasyllabe)recracher, hâve, hâlé, selon (octosyllabe)les méandres du fleuve, mais (octosyllabe)… – le tout rythmé par un phénomène d’enjambement externe qui me paraît contribuer au sens du poème. Voilà.Merci en tout cas pour tout l’interêt que tu portes aux mots que je dépose ici.Toujours au plaisir de te lire.Amicalement.Morgan.

  6. Michel dit :

    Oserais-je y lire un clin d’oeil à mon "arracheur de don" ? :-DJ’aime également énormément l’explication que tu fournis ci-dessous. Tu sais pertinemment que je suis encore pour l’instant abonné à une structure de versification plus classique, mais si j’aime ton écriture en vers libres, c’est précisément parce que j’y perçois cette musique, déclinée sur un autre rythme. Tu nous démontres en tout état de cause, qu’en dehors des apparences, le vers libre n’est pas aussi libre que ça ! Il est au contraire soumis à une série de contraintes plus complexes que le vers classique ! Faire du vers libre ne signifie pas faire n’importe quoi… Malheureusement, et tu connais mon avis…Tu sais bien que je finirai par écrire de cette façon… Il faut juste laisser le temps à nos arts de mûrir, d’évoluer.Je trouve vraiment ta démonstration brillante, même s’il me manque la musique de la rime… ;-)Tu marques les césures, et à ce propos, rappelons-nous de la révolution de la césure que fit Rimbaud :"Je courus ! Et les péninsules démarrées / N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants" :Michel Murat signale l’audace métrique exceptionnelle de ces vers : "Les vers 11 et 12 comptent parmi les plus agressivement déviants que Rimbaud ait écrits à cette date. Tous deux font passer la césure au milieu du mot : entre les deux segments d’un mot composé au v. 12, qui pour le rythme est un pur ternaire; sur une frontière de morphème pour le v. 11 : "pén-insule" […] Le vers 11 ne permet pas de coupe de substitution (la coupe 8éme est suivie d"un e féminin récupéré, et il n’y a pas de frontière syntaxique entre les mots).[…] mais le procédé est fortement motivé. C’est une mimésis métrique du lâchez-tout : le vers, jusqu’ici "péninsule" rattaché par une césure même tendue, est littéralement "démarré" de sa forme binaire" (Michel Murat, L’art de Rimbaud, Paris, José Corti, 2002, p.50). http://abardel.free.fr/petite_anthologie/le_bateau_ivre_panorama.htm#comme_je_descendaisTernaire ! Un autre exemple : dans mon texte "la chauvine comédie" par exemple (http://annaondu.blogspot.com/2009/09/la-chauvine-comedie.html), second quatrain, toutes les césures semblent tomber au milieu d’un mot… Ceci est vrai si l’on se place sur le rythme binaire, 6/6 des deux hémistiches séparés par leur césure. Ceci l’est moins si l’on se laisse guider par la musique du vers ternaire 5/2/5 où la césure intervient sur deux pieds, où c’est le mot qui fait la césure !Et dans leurs frusques,/ oiseaux/ de mauvaise augure,ils travestissent/ ainsi/ d’alliances mesquines(contre l’étrusque,/ ligués/ d’élégants ligures),le décor d’empire/ en nous/, que l’on damasquine.Voilà ! Tout ceci contribue effectivement à produire une certaine opacité aux yeux du lecteur, sauf s’il se contente de regarder le beau, ou si au contraire il se montre curieux de façon entêtée.

  7. . dit :

    Tes sentiments restent les tiens, Morgan. Je questionne et c’est tout.

  8. Michel dit :

    Pour les deux vers de Rimbaud, on pourrait codifier le ternaire en 3/6/3 et 4/4/4… Mais il y a d’autres exemples qu’il faut chercher. Je crois que c’est avec de telles audaces, accompagnées de l’écriture de ses proses poétiques, qu’il ouvrit grand la voie au vers dit "libre". Je viens de reprendre dans ma biblio, deux recueils : celui de Cendrars et celui de Senghor ! 😉

  9. Michel dit :

    Tu as totalement raison de questionner l’artiste sur son art, Véronique ! D’ailleurs c’est toujours une bonne façon de le revisiter et d’en affermir la maîtrise.

  10. mu dit :

    Ton poème, les commentaires, tout cela est très riche…En plus de la musique des mots il ya aussi pour moi la balade du regard… Quel poeme magnifique!Je trouve ton ecrit splendide et magnifiquement abouti !

  11. Solitaire dit :

    Modestement,bien qu’ayant fait des études littèraires,et que j’écrive le plus souvent mes poêmes de façons assez "classique",je me permets de te dire que j’aime beaucoup cet écrit. Par son contenu,le jeu avec les mots ("arracheur de temps!") et sa forme.Pour apprècier la poèsie en général,il n’y a qu’à écouter,ou lire Ferré ("poêtes vos papiers " par ex.)F.

  12. Jean Baptiste Lucchini dit :

    Je préfère de beaucoup à celle qui résulte de nos échanges épistolaires. Elle me parle plus vrai. Je dirais la même chose de moi. Je suis parti de si loin, de si bas. JB

  13. Morgan dit :

    Merci, Jean-Baptiste. Ton commentaire plein de sincérité me touche beaucoup.

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