Christa Reinig

 
 
Le dernier
 
 
Il n’est pas loin le jour où encore une fois
le visage souillé tu devras te plaquer dans le fond d’un fossé
autour de toi violente une grêle de fer s’abat
faisant surgir de terre des montagnes lunaires
à travers tes lunettes, verres cerclés de sang
tu vois que l’univers s’est métamorphosé.
 
ta femme, tes enfants sont morts déjà peut-être
de nouvelle précise il n’en faut plus attendre
où étaient des cités le ciel s’est empourpré
toute pierre à présent est pierre funéraire
tu t’incrustes encore plus au fond de ce bourbier
et tu sais maintenant que tu es le dernier
 
et tu sais bien aussi que l’endroit où tu gis sera ton dernier
enfonçant tes doigts gris dans le fond de ta poche
tu trouves une demi-cigarette
en tires une bouffée et fais tomber la cendre
nulle épouvante ne pourra plus t’émouvoir
en face de cela tu étais sans pouvoir.
 
 
 
 
Enfin
 
 
 
Enfin personne ne s’est décidé
et personne n’a frappé
et personne n’a bondi sur ses pieds
et personne n’a ouvert
et personne n’était là
et personne n’est entré
et personne n’a dit : bienvenue
et personne n’a répondu : enfin.
 
 
 
 
Poèmes  parus dans le n° d’octobre d’Inédit Nouveau et dont la traduction de l’allemand au français est de Colette Rousselle.
Paul Van Melle, qui est l’animateur de cette revue,  a pour habitude d’accompagner les textes choisis d’une petite notice de présentation de leur auteur. Très explicite dans le cas présent :
« Cette poète allemande est née à Berlin en 1926. Elle fut fleuriste pendant la guerre et résida bien sûr en RDA après 1945, devenant tout d’abord ouvrière d’usine. Elle fit ensuite des études d’histoire et travailla dans un musée de Berlin-Est. A partir de 1951, elle fut interdite de publication. Elle put enfin, comme tant d’autres, s’établir à l’Ouest et put devenir écrivain et publier. Ses oeuvres complètes ont paru en 1984. Le second poème, ici, exprime plus encore que le premier son sentiment d’isolement et de tristesse. Rares sont chez elle les poèmes euphoriques car elle a vécu la difficile période de l’Allemagne divisée après la guerre, soit toute la seconde moitié du siècle dernier. »
 
 
Inédit Nouveau – 11 avenue du Chant d’oiseaux – 1310 La Hulpe – Belgique
 
 
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A propos Morgan Riet

Né en 1974 à Bayeux dans le Calvados. Y réside toujours. Ecrit parfois. Textes publiés dans les revues suivantes : Décharge, Comme en poésie, Cairns, Ecrit(s) du Nord, Recours au poème, Créatures, Gros Textes, Friches, L'Autobus, Traction-brabant, Microbe, Florilège, Le Capital des mots, Francopolis, Mauvaise graine, Poésie/Seine, les Nouveaux cahiers de l'Adour, Inédit Nouveau, les Tas de mots, Libelle, Ce qui reste, les Amis de Thalie, 17 secondes, les Cahiers de poésie, les Cahiers de la rue Ventura, Verso et Paysages écrits *** Recueils et plaquettes : "Lieu cherché, chemins battus" (éd. Clapàs - 2007), "En pays disparate" (même éditeur - 2010)," Midi juste environ" (auto-édition - 2011), Du côté de Vésanie, illustré par Matt Mahlen (éd. Gros textes - 2012), ça brûle (-36° édition - 2012), "Quelque chose", photos de David Lemaresquier (éd. Les Tas de mots - 2013), "Vu de l'intérieur" , illustré par Hervé Gouzerh (éd. Donner à voir - 2013), "A fleur de poème", illustré par Matt Mahlen (même éditeur - 2016) *** Ouvrages collectifs : "Visages de poésie" - tome 6 - de Jacques Basse (éd. Rafael de Surtis - 2012), "L'insurrection poétique" - collection Po&vie (éd. Corps Puce - 2015), "Perrin Langda & compagnie (Mgv2>publishing - 2015), "Arbre(s)" (éd. Donner à Voir - 2016), "Dehors, recueil sans abri" (éd. Janus -2016)
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7 commentaires pour Christa Reinig

  1. Babel dit :

    merci pour cette découverte ! triste mais beau..

  2. Jean Baptiste Lucchini dit :

    Saisissant… je n’ai pas fait la guerre (aucun regret) mais j’ai vécu dans son contexte… les fascistes de Mussolini et le passage d’une division SS en 43, la résistance… et puis au Maroc, les T6 qui plongeaient pour lâcher des grenades anti-personnel sur les civils de la médina de Khouribga… alors je répète, saisissant parce que s’il y a un moment de fin du monde intime, c’est bien un tel moment. J’ai déjà publié un texte sur la guerre du Golfe, je le republierai bientôt. Je dis pour finir comme Babel, merci de la découverte. JB

  3. Michel dit :

    Elle me parle… ça t’étonne ?

  4. Didier dit :

    Trés beau et puissant, un texte qui fait réfléchir, merci de le faire connaître.

  5. Pierre dit :

    Bonjour Morgan, Pour le premier, on sent passer le souffle des obus et la profonde impuissance du soldat terré dans son trou …….. tous sont déjà morts peut-être et … je suis encore là ………………………Pour le second : il aurait pas s’intituler " Vide "Bonne journée et merci pour ce partage,Pierre

  6. Jean Baptiste Lucchini dit :

    Pas bien lu la fin, finalement… acte manqué ? sans pouvoir… et sans espoir ? JB

  7. daniele dit :

    merci de nous rapeler que nous vivons dans un pays ou il n’y a pas de geurre, je ressent ce poeme comme un message ou que rien n’est acquit , merci a tres bientot ,kis

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