Murièle Modely ( Vases communicants)

 
Dans le cadre des Vases communicants (le premier vendredi du mois, chacun des participants écrit sur le blog d’un autre), j’ai le plaisir aujourd’hui de recevoir Murièle Modély :
 
 
 
I
 
c’est en lisant qu’on devient lit pliant
c’est en pensant qu’on devient pense bête
c’est en spéculant qu’on devient une gaufrette
c’est en remâchant qu’on devient canapé
c’est en réfléchissant que l’on devient miroir
c’est en communiquant qu’on devient une clé
c’est en écrivant qu’on devient écritoire
c’est en sabrant qu’on devient un rasoir
c’est en bassinant qu’on devient une théière
c’est en butinant qu’éclosent des accessoires
c’est en tablant qu’on fait pousser des verres
et c’est en respirant qu’on renouvelle l’air
 
tu peux entrer t’asseoir
ma tête est quasiment meublée
 
 
II
 
 
pour commencer une collection
il faut avoir un cochon
à la peau rose et lustrée.
le cuir de son dos doit être
légèrement incisé.
installer l’animal sur un buffet
et glisser chaque jour un mot dans la fente
surtout ne pas oublier de caresser la bête :
un cochon blessé conserve mal  le papier
 
dans les conversations, livres, émissions
saisir au vol les plus beaux mots :
gerboise, cressonnette, antimoine
sont de jolis mots.
volontarisme, intégration, rupture
sont plus contestables.
 
les écrire à l’encre bleue sur du papier de soie
les laisser macérer pendant un ou deux mois
quand le cochon plein grouine, sortir un récipient
l’ouvrir d’un coup sec, et mélanger en salade
les mots, l’ail, le vinaigre avec quelques pignons
les manger à la fenêtre, en regardant la mer
si on n’a pas la mer, prendre une toile cirée…
 
 
III
 
 
certains jours ma tête,
mon corps débordent
les mots s’agglutinent
et me bouchent les pores
je me fraie avec peine
un chemin
dans la bouillie sonore
qui ralentit ma marche
qui sature mes veines
mes poumons s’exaspèrent
happent des goulées d’air
les mots de tous côtés
oppressent et asphyxient
ça sent le vieux papier
la fade moisissure
mon épiderme craquelle
là où germent les spores
 
je voudrais des gens
je voudrais de la chair
pas des prénoms exsangues
des patronymes vides
des mots sans queue ni tête
pas ces accouplements
des voyelles aux pixels
 
j’enfonce mes deux poings
sur l’écran de mes yeux
pour l’éblouissement
singulier du silence
mais je sens toujours
couler sur mes cheveux
les mots
de ceux qui savent
de ceux qui dictent
de ceux qui pensent
de ceux qui bandent
de ceux qui éjaculent
la giclée fébrile et molle
des pédoncules
 
 
 
 
 
Pour ce qui est de mes mots, il vous suffit d’aller de ce côté-ci pour les lire.
 
Sinon, pour retrouver tous les échanges qui se sont réalisés ce mois-ci, c’est par
 

 

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A propos Morgan Riet

Né en 1974 à Bayeux dans le Calvados. Y réside toujours. Ecrit parfois. Textes publiés dans les revues suivantes : Décharge, Comme en poésie, Cairns, Ecrit(s) du Nord, Recours au poème, Créatures, Gros Textes, Friches, L'Autobus, Traction-brabant, Microbe, Poésie première, Florilège, Le Capital des mots, Francopolis, Mauvaise graine, Poésie/Seine, les Nouveaux cahiers de l'Adour, Inédit Nouveau, les Tas de mots, Libelle, Ce qui reste, les Amis de Thalie, 17 secondes, l'Herbe folle, les Cahiers de poésie, les Cahiers de la rue Ventura, Verso et Paysages écrits *** Recueils et plaquettes : "Lieu cherché, chemins battus" (éd. Clapàs - 2007), "En pays disparate" (même éditeur - 2010)," Midi juste environ" (auto-édition - 2011), Du côté de Vésanie, illustré par Matt Mahlen (éd. Gros textes - 2012), ça brûle (-36° édition - 2012), "Quelque chose", photos de David Lemaresquier (éd. Les Tas de mots - 2013), "Vu de l'intérieur" , illustré par Hervé Gouzerh (éd. Donner à voir - 2013), "A fleur de poème", illustré par Matt Mahlen (même éditeur - 2016), "Sous la cognée" (éd. Voix tissées - 2017) *** Ouvrages collectifs : "Visages de poésie" - tome 6 - de Jacques Basse (éd. Rafael de Surtis - 2012), "L'insurrection poétique" - collection Po&vie (éd. Corps Puce - 2015), "Perrin Langda & compagnie (Mgv2>publishing - 2015), "Arbre(s)" (éd. Donner à Voir - 2016), "Dehors, recueil sans abri" (éd. Janus -2016)
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4 commentaires pour Murièle Modely ( Vases communicants)

  1. Christophe dit :

    Fichtre! Quelle salve ! Pour le I, j’aime bien comme tu es meublée. Pour le II, j’ai la mer pas loin, penser à acheter un cochon et chasser les vilains mots. Pour le III, penser à se munir d’un protège-écran au cas où !

  2. Morgan dit :

    Oups ! c’est corrigé, Mu !Désolé.

  3. juliana dit :

    Fichtre! en voila des gerbes de mots!J’adore les délires.

  4. Sapiens dit :

    merci de partager avec nous, du pep’s du rythme, et beaucoup d’humour dans ces lignes!thiladi amis poètes bonjour

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