Ysabel Lorans

 
 
 
 
 
 
 
                                                              
 
 
                                                               Ysabel Lorans – Asiatique en Bouddha
                                                                                (encre et dorure sur feuille blanche – 2001)
 
 
 
Sans doute est-ce elle qui pleure plutôt que moi lorsqu’il ne vient pas. A moins que ce ne soit moi. Je n’ai plus souvenir de larmes aujourd’hui. Ou bien je les ai oubliées, ou bien je n’ai jamais pleuré. Cela dépend des jours. Aujourd’hui que le ciel est bien bleu malgré l’automne très avancé, aujourd’hui que l’air est vif et sec et le soleil bien clair comme un cep de vigne, j’ai aimé à marcher dans les vignes des anges. J’ai dans la narine une odeur fine d’encens sur une peau lavée et sous la main mille pétales roses.
 
J’oublie le vent mauvais à force de chaleur, j’oublie le frimas, j’oublie la mauvaise pluie d’hiver, je retrouve au creux du coeur les douceurs du printemps et les amorces de l’amour. Passe guerrier avec ta lance et ton épée. Nos coeurs sont doux. Quelque part on frémit comme je frémis, force des âmes. A moins que ce ne soit moi qui frémisse comme un autre frémit. Un moine bouddhiste prie dans son monastère. Je dessinerai ce visage d’un autre âge pour l’étonnement devant son regard. Marcher droit devant soi, sans chanceler, le coeur vaillant, marcher pour ne pas se blesser, pieds ou mains, traverser la rive avec son bagage unique, une âme claire.
 
Nous resterons longtemps devant la porte du silence, à contempler la danse du destin avec des yeux étonnés comme si nos destins se rejoignaient pour donner leur vin. Ah que l’on boive ! Comment ? J’aurais peur ? J’ai fait tourner les moulins à prière. Force des mots, force claire. Et que meure un silence pour que chante le vent avec la mer.
 
 
Extrait de L’homme en rouge, 2010, à paraître.
 
 
 
Aime la vie même si tu n’es plus libre. Chante dans ta mémoire. Chanter c’est comme prier. Parle avec toi dans le fond de ta tête. Tu seras toujours libre. Tu portes des menottes, tu portes des chaînes, on te drogue ? Garde en mémoire un phare allumé sur la mer, une mer plutôt calme, bleue comme la nuit, piquée des lumières que te renvoie le phare. Histoire de rebâtir petit à petit un jardin dans ta vie. Histoire que les souris n’aient pas raison de ton esprit. Histoire que la vie continue de couler comme un beau fleuve entre tes rives abandonnées.
 
 
Extrait de Poignées d’orties, 2010, à paraître.
 
 
 
Ysabel Lorans est née en Afrique Equatoriale en 1960. Elle se donne à la poésie depuis l’âge de quinze ans. Selon elle,  » La poésie est un éloge à la vie (…) La poésie est musique et c’est parce qu'[elle] aime une musique particulière, classique, lyrique, qu'[elle] aime tant écrire de la poésie « .
 
 
Recueils publiés
 
Sur les chemins de l’homme, 1997, Cylibris éditions.
Rhytmes lents (dans le collectif Quatre II poèmes), 2008, Babel éditeur.
Souvenez-vous de l’ivresse, avril 2010, éditions Voix tissées.
Corail de patience, juillet 2010, éditions Atelier de Groutel.
 
 
Et, très prochainement, quelques textes dans les revues suivantes :
 
Les Cahiers de la rue Ventura
Inédit Nouveau
 
 
Ysabel a également son propre site. Et il va de soi que je vous invite à vous y rendre sur-le-chant ! : 

                                                                                            http://www.ysabellorans.fr/

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A propos Morgan Riet

Né en 1974 à Bayeux dans le Calvados. Y réside toujours. Ecrit parfois. Textes publiés dans les revues suivantes : Décharge, Comme en poésie, Cairns, Ecrit(s) du Nord, Recours au poème, Créatures, Gros Textes, Friches, L'Autobus, Traction-brabant, Microbe, Poésie première, Florilège, Le Capital des mots, Francopolis, Mauvaise graine, Poésie/Seine, les Nouveaux cahiers de l'Adour, Inédit Nouveau, les Tas de mots, Libelle, Ce qui reste, les Amis de Thalie, 17 secondes, l'Herbe folle, les Cahiers de poésie, les Cahiers de la rue Ventura, Verso et Paysages écrits *** Recueils et plaquettes : "Lieu cherché, chemins battus" (éd. Clapàs - 2007), "En pays disparate" (même éditeur - 2010)," Midi juste environ" (auto-édition - 2011), Du côté de Vésanie, illustré par Matt Mahlen (éd. Gros textes - 2012), ça brûle (-36° édition - 2012), "Quelque chose", photos de David Lemaresquier (éd. Les Tas de mots - 2013), "Vu de l'intérieur" , illustré par Hervé Gouzerh (éd. Donner à voir - 2013), "A fleur de poème", illustré par Matt Mahlen (même éditeur - 2016), "Sous la cognée" (éd. Voix tissées - 2017) *** Ouvrages collectifs : "Visages de poésie" - tome 6 - de Jacques Basse (éd. Rafael de Surtis - 2012), "L'insurrection poétique" - collection Po&vie (éd. Corps Puce - 2015), "Perrin Langda & compagnie (Mgv2>publishing - 2015), "Arbre(s)" (éd. Donner à Voir - 2016), "Dehors, recueil sans abri" (éd. Janus -2016)
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3 commentaires pour Ysabel Lorans

  1. Ieva dit :

    C’est super beau ! la porte du silence … apprendre…. ces phares d’eau … quand se soulève l’amer

  2. Morgan dit :

    Merci pour elle, Kris.

  3. TOPA dit :

    Ysabel écrit large et lyrique… Elle nous emporte loin…J’avais signalé sur le "biloba" la sortie de "Souvenez-vous de l’ivresse" dans la rubrique "Un bon livre, peut-être ?"

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