Ma moon

Et je remontais l’avenue
en en grillant une.
La lune, sur mon trajet,
jouait les lampadaires d’appoint.
De par sa nature même
(rappelons qu’il s’agit d’un astre
et rien de plus…)
elle ne saura jamais
que par la grâce
de quelques signes
et biffures
elle allait faire partie
pour toujours
de mon univers le plus intime
et que dans celui-ci,
signifié et symbole
épouseraient sa bouille ronde
et ses quatre lettres ;
et qu’en raison de tout cela
je la regarderai
comme une amie bienveillante
venant ici éclairer
le nuage
de mélancolie
dans lequel, ce soir,
en remontant l’avenue,
j’aurai baigné et toussé (euh… non, là,
c’est plutôt la clope)
;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;avec douceur.

 

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yves Barré

 

Yves Barré

56 p – 6€ – collection Polder

 

 Un extrait :

Trop tard pour rebrousser

– La vie ?
Tu peux pas te tromper
Tout droit jusqu’au mur
Puis passer à gauche.
– Mais c’est une impasse !
– Justement ! Tu es arrivé !

 

et puis un petit autre :

Mer à boire

A peine eut-il fait
quelques pas sur la mer
qu’il sombra dans l’alcool.

On venait de changer l’eau
en vin.

 

4 opuscules par an : 20 € à l’adresse de la revue Décharge : 4 rue de la Boucherie – 89240 Egleny (à l’ordre de l’association Les Palefreniers du rêve) ou en passant par le site de la revue, juste

Le blog d’Yves s’appelle Ahoui. On y va, non ?

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M.J

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J’ai toujours eu une passion
pour Michael Jackson.
Quand je dis « toujours »,
c’est un peu excessif,
mais pas tant que ça, en fait,
puisque ça remonte à l’époque
où j’avais dans les huit ans
et des bonbons
et quelques.
En tous les cas, je me rappelle,
sa voix cristalline,
haut perchée,
sa voix d’ange
descendant du gospel, du blues et de la soul
me transportait.
Volume à fond
à faire trembler les murs de l’appart’
et pester les voisins,
j’écoutais en boucle et en sueur
dans le salon,
sur le tourne-disque familial,
son album Thriller
en usant mes baskets
à essayer, amoureux des rythmes,
de reproduire, du mieux que je pouvais,
son fameux moonwalk
et ses non moins célèbres pointes
ainsi que ses pirouettes
…………….aériennes …..et magiques.
Je ne sais pas si réellement j’étais doué
pour ça,
mais ce n’était pas ce qui comptait alors.
Et ma joie emportait tout
sur son passage
avec ce sentiment d’exprimer
par le corps
ce que je ne parvenais à mettre en mots,
avec cette envie profonde
de susciter,
d’exister plus fort
dans le regard des uns et des autres…

Plus tard, un matin de juin,
quand j’ai appris sa mort
à la radio,
alors que je m’apprêtais
à partir au boulot,
ce fut pour moi, après les larmes,
bien plus que de la tristesse,
comme si, d’une certaine façon,
une partie de mon enfance
à laquelle il avait contribué
à donner une force, un mouvement, un poumon,
…………………………………………………..une présence
disparaissait avec lui dans une pirouette
d’irréalité…
……………………même si
encore une fois
c’est un peu excessif,
mais pas tant que ça, finalement.

 

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Quelqu’un dans la rue

Quelqu’un dans la rue
siffle un air
que je ne connais pas.
C’est joyeux, léger, comme
un chant d’oiseau dans un arbre (image, oui, j’en conviens,
fort banale, en l’occurrence,
mais qui, après tout, correspond bien
à l’impression que j’en garde).
Et cet air, je reprends,
tout sauf quelconque,
selon moi,
de ce quelqu’un que je n’ai pas vu (un détail qui là
n’a pas d’importance)
me poursuit dans la rue suivante,
sans que je puisse un seul instant
en percer le mystère,
la source
qui n’existe d’ailleurs peut-être pas (l’hypothèse, en effet,
d’un air totalement improvisé
n’est pas à exclure, ici,
ni à prendre à la légère… quoique le sujet
de mon poème s’y prête volontiers !).
Et cet air, je reprends,
qui s’étire,
qui s’étire,
qui s’éternise sur ma page
en n’étant plus qu’un mot,
puisque envolé déjà (oh ! image de l’oiseau
en filigrane
qui resurgit, il me semble, à point nommé !),
puisque envolé, redis-je,
depuis longtemps déjà et loin,;;;;; très loin, cet air,
du ciel vorace de mon prétexte.

 

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Petite grande question

L’aboiement d’un chien

sur la portée du vent froid –

Qui tient la baguette ?

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Failure

Quasi
trois ans
passés,
la caboche
dans le bain
des études,

pour rien.

Je n’avais,
semble-t-il,
pas l’envergure,
pas l’endurance
pas les épaules :
pas le profil-type,
en gros,
pour compter franchir la ligne

et gagner le graal.

Quasi
trois ans
pensés,
poussés,
pressés

pour rien,

au final,

que cette
drôle de putain de leçon de vie.

Et maintenant
me voilà bien bas,
carafe
de plomb
aspirée par la bonde.

Mais
pas d’autre choix
que de rebondir
(comme on dit),
même avec au cœur

un ballon crevé.

 

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Manifestation

16611493

 

Une journée de grand vent
chahutée de courants d’air
contradictoires :
;;;;;;;;A Paris et ailleurs,
des femmes, des hommes
clament dans les rues,
aux carrefours,
comme aux ronds-points des bourgs,
leur colère couleur ardente,
leurs fins de mois difficiles,
leurs faims de vie décentes.
;;;;;;;;Et, pendant ce temps-là,
partout, aux quatre coins
de sa rondeur bleue malade,
la Terre, elle aussi,
n’en finit pas
de se manifester bruyamment
en dérèglements climatiques
de toutes sortes …

;;;;;;;;;;Inquiet,
je m’interroge alors
sur ce qui s’exprime
ici
;;;;;;;;;;;;;;et là,
mais ne se rejoint pas.
Et puis je regarde
loin devant,
au-delà de moi-même,
vers d’autres enfances,
en ne sachant plus vraiment,
hélas,
sur quel pied

rêver.

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« Chute de fiel / Sang & Diesel » dans Décharge

Deux recueils tête-bêche. Ça fait deux couvertures au lieu d’une. Illustrations d’un côté de Chantal Godé-Victor (en couleurs) et de l’autre de Matt Mahlen (en noir & blanc). Par contre, pas de quatrième. Les deux recueils ont bien le même auteur : Morgan Riet, avec son humour, sa distance et son ironie habituels. Mais les deux parties s’opposent ou se complètent. « Chute de fiel », c’est un peu la critique du poète, à savoir lui-même, et au travers de lui, toute la caste poétique avec les défauts inhérents à tout groupe, et plus particulièrement ici, la vanité : les flagorneurs de tout poil ! Et Morgan Riet ne l’envoie pas dire : A la niche, poète // poète ! « Sang & diesel », c’est plutôt de l’art kilométrique comme est titré le premier texte. On écrit au volant, ou presque. Dans les nuages et dans les champs une page / en guise/ de grenier. Les bouchons permettent aussi aux instincts de fantasmer l’éjaculat vaporeux des pots. Les saisons enchaînent les mois. La pluie, langue chargée, galoche / avec les essuie-glaces. On lit les deux faces d’un coup : le poème et son envers.

Jacques Morin – Revue Décharge n° 179

 

Décharge 179        C D F  S & D

éditions Gros Textes

Des extraits du recueils, ici.

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Faudrait

(sur un air entêté, entêtant)

 

… tu comprends ?

Faudrait que tu sois
moins comme ci
ou comme ça,
que tu rentres,
fierté sardinée,
dans le moule.

Tu comprends ?

Faudrait que tu songes
à beaucoup moins
songer,
que tu changes
ton aiguille
de pôle.

Tu comprends ?

Faudrait que tu penses
un peu moins
uppercut,
que tu te prennes
des coups
sans maux dire.

Tu comprends ?

Faudrait que tu te sortes
clairement les doigts
du cœur
pour te faire,
en somme,
aux faux-semblants.

Dis, comprends-tu ?

– Non.

 

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Valérie Rouzeau

valérie rouzeau

140 p – 16 € – éd. La Table ronde

Un extrait :

Petite à l’école je n’ai pas oublié
Ce garçon arrivé au milieu de l’année
Il nous terrorisait il bluffait la maîtresse
Ravie de voir les filles jouer au foot comme les gars
Nous étions tous et toutes obligés obligées
Un de mes copains préférait les poupées
Moi avec ma tignasse bouclée mes cheveux noirs
Je faisais Dominique Rocheteau du pied maldroit
Et ma seule liberté de gosse tyrannisée
Etait de faire semblant
De tirer contre mon camp.

 

Bon, le rapprochement est peut-être osé… mais disons que je trouve que le poème de Valérie est en terrain familier, sensible, mais sous un autre angle (obtus, aigu ?) que celui du corner…  avec l’un des miens qu’on peut lire dans la rubrique I.D sur le site de Décharge

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