Forêt(s)

56 p – 9 € – illustration de couverture : Agnès Rainjonneauéd. Donner à Voir

4ème de couverture

Poètes et illustrateurs participant à cet ouvrage : 

Tom Astral - Yves Barré - Christine Berge - Paul Bergèse - Alain Boudet - Léon Bralda - Kévin Broda - Michel Bruneau - Nathalie Buchot - Claude Cailleau - Francine Caron - Daniel Clérembeaux - Chantal Couliou - Flora Delalande - Marie Desmaretz - Michel Diaz - Jean-Pierre Farines - Jean-François Forestier - Thierry Gaudin - Arthur Gavres - Danielle Georges - Chantal Godé-Victor - Hervé Gouzerh - Huguette Hérin-Travers - Valérie Huet - Patrick Joquel - Pascal Juhel - Cathy Ko - Cédric Landri - Nicole Laurent-Catrice - Michel Lautru - Marilyse Leroux - Michèle Lévy - Martine Magtyar - Matt Mahlen - Simon Martin - Daniel Moreau - Vincent Motard-Avargues - Nicole Olivier - Jacqueline Persini - Joël Picard - Agnès Rainjonneau - Morgan Riet - Joël Sadeler - Jacqueline Saint-Jean - Jean-Claude Touzeil

Quelques extraits et illustrations :

Dans le secret des buissons,
une vie cachée
cloportes, coléoptères
et autres petites bestioles.

Bruissements.
Chuchotements.
Vibrations.

Qui prend le temps
de les écouter ?

          Chantal Couliou
Un beau chêne isolé
En lisière de forêt
Rêva un jour
Qu'il était un pin
Maritime
En bord 
De falaise
Et se mit
Une nuit
D'ivresse
A pencher
Grisé par le vent

Jean-François Forestier

illustration d’Yves Barré

En réalité
toute adolescente honnête en conviendra
les balades en forêt
sont de très mauvais moments à passer

                  Valérie Huet

illustration de Matt Mahlen

Publié dans Mots rencontrés | Tagué , | 2 commentaires

Boucle

De l’herbe sèche.
Un air de foin
avec soupirs de plantes
dans le jardin.

(De quoi nourrir,
on va donc dire
un brin,
un début de poème)

Et j’y ajoute –
pour lui donner du coffre,
un peu d’ampleur
et de hauteur –

tous ces nuages
en gros paquets blancs ou bien gris
qui ont, comme souvent,
l’art – l’air de rien –

d’emballer, de 
brouiller le jeu
des avions, des ovnis
et, euh, des anges.

Et puis je pense aussi –
sans bien savoir pourquoi –
à ce moment précis
de mon poème en branle,

à cette vieille femme
appareillée pour respirer,
que j’ai croisée,
il y a peu auparavant.

Avec beaucoup de peine,
elle marchait tortue, la pauvre,
sur le trottoir
en pente / comme sur un pont

fragile, infime,
le souffle court –
vers quel jardin ? –
entre mon début et son air de fin.
Publié dans En tous sens | Laisser un commentaire

Jean-Claude Touzeil

64 p – 14 € – photos de Yvon KervinioL’Aventure Carto

Quelques poèmes qui accompagnent ces paysages de Bretagne :



Bans

La fougère
a promis
le mariage
à la ronce
pour cet automne

Robes de saison
dans les ocres
les rouilles
et les cuivres

Sûr que
dans les sous-bois
ça va jaser



Surf

On voit le vent
qui s'insinue
parmi les vagues
les nageoires

On l'entend 
qui sifflote
dans les bois
un air viril

On le sent
qui embaume
Cuir de Russie
sous les chênes

On le prend 
en pleine poire
dans le mur
directo

Et l'on garde
sur la langue
comme un goût
de fougère



Gaïa

Sous l'arche des branches
dans le chemin creux
nous voilà abrités
du froid de la pluie
nous voilà camouflés
dans le paysage
nous voilà invisibles

Nous voilà retournés
pour un instant
dans le ventre
de la terre-mère


Publié dans Mots rencontrés | Tagué | Laisser un commentaire

Thierry Roquet

62 p – 4 € – illustration de couverture : Jo Hubert – Fly édition artisanale

Extraits :


L'écho des insomnies

Quand la nuit tombe sur
mes épaules

que mon corps tombe sur 
le lit

que le lit tombe jusqu'à
la cave

je sens le corps humide des
araignées

tisser la voix des morts
dans les bouteilles


*


Cette photo de toi


J'ai face à moi
une photo
de toi
prise il y a quatre ou
cinq ans
peut-être davantage
je ne sais pas
pourquoi
tu ne souris pas
sur la photo
tu devais avoir de bonnes raison
de paraître déjà si lointaine
sans qu'il soit nécessaire
de remonter jusqu'à l'enfance


*


D'un dernier regard à la fenêtre
J'aperçois toutes ces bestioles
un peu folles
attirées la nuit
par la lumière des réverbères
Une vie ressemble
sûrement à ça :
à une ombre agglutinée
aux autres
par l'obsédant souci
de trouver
l'impossible réconfort
Publié dans Mots rencontrés | Tagué | 4 commentaires

Revenant du Lot

Pendant quelques années, Léo Ferré trouva refuge au fond d’un château du Lot. Pendant quelques instants, une fenêtre entrouverte. Un poème tente d’entrer...



	Toutes ces collines, ces vignes,
	ces terrasses, ces causses,
	méandrés de rivières…

	toute cette musique calme
	qu’on peut lire à perte de vue,
	sur la portée de l’horizon,

	et qu’on peut même suivre,
	au hasard des oiseaux, des arbres
	et des chemins de la vallée…

	Toutes ces choses-là, 
	il a dû les dévorer – j’imagine –
	en long et au grand large…

	      et toutes,
	sans aucun mal je les vois bien aussi,
	à la faveur de certains soirs complices,

        venir parfois se rassembler,
        vibrer 	 et s’éployer ivres
        au coeur violon    de son paysage intérieur…

Publié dans En tous sens | Laisser un commentaire

Castenviels




Pour parvenir
à ce hameau
que le soleil assiège,
    à ce nid d'aigle
perdu dans un repli
de la Montagne Noire,

un long chapelets de lacets
étroits
que l'on égrène
entre des versants escarpés
semblant toujours si près
de plonger dans le lac     du ciel.

Là, un morceau d'été
en forme de maison -
     Rien qu'un espace
ouvert
au chant
des sapins, des cigales,

que toute une famille
(bêtes incluses)
écoute,
retient,
absorbe,
adopte à pleine gorge.

                        30 juillet 2022


Publié dans En tous sens | Tagué | Laisser un commentaire

Four

Ça brûle,
ça brille
de mille feux.

D’un air mi-figue, mi-raisin,
je lève un verre, en même
temps que les yeux au ciel
et sa drôle de fête…

Dans la touffeur, en ce moment
précis –
outre, en effet, un son de cloche –
il me semblerait presque entendre,

pour peu que je m’attarde,
pour peu que je me penche,
au passage du vent,

les craquements
et les ultimes cris
de ces milliers d’arbres, là-bas,

tandis que sur mes lèvres sèche
comme un avant-goût du désert.
Publié dans En tous sens | 2 commentaires

Rien de plus




Une journée chaude, azurée,
à ne rien faire d’autre

que de traîner sa rêverie,
que de la laisser hâler au soleil,

au plus près de la joie,
par le courant	    des heures qui s’étirent

comme un chewing-gum au goût menthe forte,
entre les doigts feutrés et moites

de cet air mouette d’été    profus.    Et puis rien
de plus.
Publié dans En tous sens | Laisser un commentaire

Niveau 4

Petite gym mentale,
gym douce –
niveau 4 depuis peu –
pour entretenir
une certaine souplesse,
        si on peut dire ,
via ce modeste plaisir-là
de pénétrer,
défricher, noircir des forêts
de grilles vierges.

Bref, bref,
remplir des cases
et des cases, quoi,
un peu parfois
comme un rempart,
       si on peut dire,
face aux diverses
sensations flèches –
niveau 4 depuis peu –
de vide passager…

Et ce, en attendant
que ça reprenne,
que ça revienne,
au bord de l’âme,
au bord des lèvres,
et que j’en tire
je ne sais quoi,
peut-être bien,
peut-être même,
       si on peut dire,

comme un poème.
Publié dans En tous sens | 4 commentaires

Vincent Motard-Avargues

76 p – 12 € – éd.le chat polaire

      Extraits : 


une fourmi
sur le rebord de la fenêtre

avance puis recule
hésite et fonce

aussi importante 
qu'inutile

le mouvement de tous
le mouvement de chacun


*


une ambulance déchire le calme
tout relatif du quartier qui attend
comme toujours que le temps passe
ni trop vite ni trop lentement

sur la rocade le larmoiement des
urgences évoque des accidents de 
parcours aux drames parfois évités

de nuit on voit aussi des lumières 
véritable spectacle

le drame du monde à portée de soi



*


une certitude
tout ça ne mène nulle part

les mots et les poèmes
les chants et les images

tout se grave
dans le sable

des prétentions plus que
des ambitions

et alors
quand bien même
Publié dans Mots rencontrés | Tagué , | 1 commentaire