Longues-sur-Mer

Chemin côtier
frôlant le bord
vertigineux,
ligne de fuite
déroulée à
vélo rêvant.

	Et juste là,
à l’angle
où mon regard
s’élance
et plonge,
et puis décolle,
les falaises que ronge
l’obsédant choeur des vagues,
ces falaises qui forment
comme une échancrure de ronces
	et d’herbes 

à la robe de galets de la plage.

Et, bien sûr, tout cela
	me va
comme un poème
qui monte au beau
milieu du pont
du mois de mai,
comme un poème
qui monte
et prompt

à me traverser en danseuse jusqu’au soir.
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Giroflée

Ainsi
de longues plages
de solitude et de silence
que rien ne semble
importuner, ni dévoyer.
Pas même, en ce moment,
cette basse continue du lave-vaisselle
qui emplit et berce la pièce.

De longues plages, dis-je,
foulées
par la mémoire,
de long en large,
et si souvent agitée de bric et de broc,
avant que tout ne vienne –
	par la force d’un souffle
	sur je ne sais quel feu –
s’éclaircir, s’ordonner, s’harmoniser, 
un tant soit peu,
dessous la voûte
de mon crâne et du ciel,

où trouve enfin sa place
cette giroflée dressée, là-bas, sur le bord du mur
qui, depuis quelques jours,
traînait en rond l’image
	de sa beauté,
	entre mes mots.

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Pas par quatre chemins

52 p – 8 € – éd. Donner à Voir

La quatrième de couverture :

… et un extrait :

… et, enfin, pour aller plus loin, si ça vous dit : le bon de commande juste

+ le blog d’Hervé Gouzerh à découvrir ou redécouvrir en passant par ici

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Vincent Motard-Avargues

140 p – 12 € – éd. Aux cailloux des chemins

    Un extrait :


me voilà devant cette maison familiale
à quelques mètres à peine de la plage

les rives de Lacanau-Océan se remettent lentement
d'un été un peu trop ardent et vif

les rues se parent de nombreuses flaques molles
le ciel est gris comme un lendemain d'ivresse

j'ai de la poussière dans les yeux
et de la brume dans le coeur

un sourire voilé d'hiers évaporés
et une larme discrète au coin de la mémoire

pendant un très court laps de temps
cette maison... un peu ma propriété

propriétaire éphémère de mon passé
de mon enfance... d'une errance

je me vois sur cette balançoire fragile
apaisé par l'écume en l'air

du sable jusque dans les os
de l'iode comme du sang bleu

allongé sur ce matelas de mousse usée
bercé par les mouvements du vent et du rien

assoupi par la mélodie du vivre dans la rue
les voix / rires / cris des inconnus / étrangers

étranger je l'étais assurément bien que vivant là
étranger je l'étais assurément bien que respirant

ce parfum d'ici
ce(s) lieu(x) d'être(s)





A propos de ce recueil, je vous invite à lire notamment la note de lecture que lui consacre Jacques Morin sur le site de la revue Décharge

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Départ

Il est parti,
le jeune homme, en avril.

Oh, si troublant,
là, aujourd’hui,
ce ciel trop bleu
pour être vrai,
et où, par-dessus tout,
le soleil braille

si froid au vent, aux arbres,
aux oiseaux,		son absence...


Il est parti,
le jeune homme. Et avril,

comme un citron
que presse
le temps  –
en contrepoint de toutes peines  –
ne peut que s’exprimer
avec foi, avec force,

continuer sans relâche
son lent travail	de feuilles.
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Daniel Birnbaum

84 p – 7 € – illustration de couverture : peinture de l’auteur éd. Gros Textes

Quelques extraits :


Et dire que bouteille et fenêtre
ont tant de points communs

toutes les deux s'ouvrent

sur une attente


*


La mouette se pose
sur le rebord
et tape au carreau

c'est comme si soudain
la fenêtre devenait hublot


*


Ce matin tu guettes
le moindre frisson du ciel
depuis la fenêtre

tu cherches dans les nuages
une façon d'avancer





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WAM !

66 p – 10 € ( 4 n° : 38 € ) – Pour commander : Robert Roman* – 7, rue des gardénias – 31100 Toulouse (chèque à l’ordre de Robert Roman)

Au sommaire de ce premier n° : Alexandra Bouge - Stéphane Casenobe - Pascal Ulrich - Jacques Lucchesi - Dan Giraud - Patrice Blanc - Géraldine Serbourdin - Laurent Bouisset - Walter Ruhlmann - Philippe Pissier - Robert Roman - Eric Dejaeger - Didier Trumeau - Matt Mahlen

Avec des images de Pascal Ulrich, Matt Mahlen et Patrick Oustric



       Un extrait :


Beau comme...

Beau comme une fille qui fume
Alanguie
Contre une pompe à essence.

Beau
Comme le téléscopage
D'un vélo
Et d'un landau
Sur une piste cyclable.

Beau comme un grand geyser
Jailli en plein désert.

Beau comme l'union scintillante de deux étoiles
Sur l'écran noir d'un ciel d'été.

Beau comme un pétale de coquelicot
Egaré dans les escaliers du métro.

Beau comme une palmeraie
Nichée au flanc d'une montagne.

Beau comme comme la rencontre, dans une salle de tribunal,
D'une jupe écossaise et d'une robe d'avocat.

Beau comme un jour de jolies filles
Aux jupes soulevées par le mistral.


                             Jacques Lucchesi

*directeur également des éditions du contentieux dont le blog se trouve ici

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Véronique Joyaux

62 p – 11 € – éd. Les Carnets du Dessert de Lune

     Extraits :


Vivre ce jour encore
Certaines fois c'est plus facile
Cela ne pèse pas
Les gens deviennent légers
Il y a une fête entre amis
Un repas au bord de l'eau
Il y a la tendresse et la bienveillance.


*


C'est très lent ça chemine
On dirait que les gestes pèsent de tout leur poids
C'est comme une fatigue de l'âme
un vêtement trop lourd qui entrave
un cri gardé à l'intérieur de soi
et qui tourne en rond
une heure qui s'attarde dans le jour tombé

Sur l'écran les images défilent
juste là pour la présence
Dehors la pluie 
grisaille
étonnamment accordée
On s'enfonce doucement dans les sables
On résiste un peu
On s'épuise.

Et soudain des rires d'enfants montent entre les arbres
La vie redonnée
Alors on ouvre la fenêtre.

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« Ou serait-ce autre chose ? » lu par Christian Degoutte

Aphrodite née de l’écume, Vénus sur son char marin, c’est un peu ça la femme qui sort des vagues dans OU SERAIT-CE AUTRE CHOSE de Morgan Riet (poèmes) « Après bien des syllabes / dans le bruit caressant des vagues / la taille courbe d’un fantasme… » et David Lemaresquier (peintures). C’est un bien bel objet cet ensemble composé d’une liasse alternant un poème / une peinture. Avec ce mouvement inverse : plus le texte se fait précis, charnel, plus les peintures deviennent floues, évanescentes. Donc, les douze peintures de David Lemaresquier d’abord : une baigneuse nue regagne la rive. Les couleurs sont l’été : marines, lumineuses, douces (elles me font penser aux eaux couleurs lagon de la Bretagne du côté de St Lunaire, de St Briac et de Lancieux), puis les couleurs se perdent dans la brume, la baigneuse s’estompe. Ça fait rêver. C’est justement ce que disent les poèmes (2 quatrains par page dont un vers refrain : ou serait-ce autre chose ?) de Morgan Riet « Tout en vibrations sang-sue / Elle / le point de vue se resserre / sur un idée-fixe, rocheuse… Lisse galet, elle avance / ses arguments de chair…». Puis le rêve s’échappe à son rêveur « Visage absent, rive brumeuse / mais façon Nu couché de Staël… » à moins que l’ensemble n’ait été qu’une illusion géographique ?

CHRISTOPHE CHOMANT éd. 23 € – 16, rue Louis Poterat – 76100 Rouen

Revue VERSO n°184 – mars 2021 – Rubrique « En salade » par Christian Degoutte

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Coup de soleil

40 p – 9 € – adresse postale de la revue : Coup de soleil – Michel Dunand – 12 avenue de Trésum – Annecy

Au sommaire :

Poèmes de Françoise Han – François Graveline – Jean-Pierre Chambon – Colette Nys-Mazure – Frédéric Jacques Temple – Chroniques de Jacques Ancet – Jean Chatard – Gérard Paris – Michel Ménaché

Extraits :

La prise est débranchée
le présent coupé de l'avenir
éteint

Du passé reste un peu d'huile
sans mèche
au fond de la lampe

Faire jaillir l'instant
l'étincelle
d'un silex enfoui exhumé

Retrouver l'énergie
l'essor
des premiers âges du genre humain

Que traverse notre espace
déconnecté
une ligne à haute tension

                        Nouvel An 2012

                       Françoise Han (1928-2020)




Le petit d'homme à plat ventre dans le pré
vois-tu la coccinelle
                      posée sur son ongle

Tu préfères te retirer
le laisser
          à sa juste merveille

Tu regagnes à pas lourds
        le cercle ronronnant
                    des grandes personnes


                       Colette Nys-Mazure
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