Gérard Bocholier

Gérard Bocholier

34 p – éd. l’Arbre (1998)

 

Un extrait :

L’aïeul

;;;;;Longtemps il est resté derrière la fenêtre, des saisons entières, des années. Il fallait que je le soulève du fauteuil, le maintenant une minute sous l’aisselle, en attendant qu’il ait trouvé l’équilibre.
…..Son corps, invinciblement, prenait l’allure tordue des vieilles souches d’arbres qu’il taillait jadis chaque hiver, plus tard celle des ceps rabougris, comme vidés de sève.
…..Dans le jardin, appuyé contre le muret, il passe une heure à pousser du bout de sa canne une touffe de chiendent, un chardon, qui résistent. Une heure à espérer en la bonté de la brise, qui fait suivre de son cou à son torse blanc une caresse de soleil.

Publicités
Publié dans Mots rencontrés | 2 commentaires

PLongeon

Rideau à peine
baissé du soir,

nous traversons
sa douceur et la rue
piétonne.

Rideau à peine,
baiser du soir –

les terrasses
y fourmillent
de langues, d’alcools,
de fumets divers,
baignés d’une sorte
de légèreté commune.

Rideau à peine –
oublieux;;;;; de savoir

nager ;;;;;et des regards
qui me sont terre
ferme,

voilà que je plonge
avec le jour,
lourd de tous mes sens,
au large d’une pensée
fugace,
dans la houle
des récits possibles.

Rideau, sur ce,
troué d’étoiles…

Publié dans En tous sens | Tagué | 11 commentaires

Jean-Louis Rambour

Jean-Louis Rambour

96 p – 8 € – éd. henry

 

Un extrait :

Ici on est à Berlioz le bâtiment B entrée 4
On est à l’escalier de Marc Vanderstichelen
Marc travaille à Procter et Gamble dans la ZI-Nord
Il ne s’habitue pas à dire Pi and Dji et chante
Cependant de belles mélodies des Beatles Il vit à
Berlioz près du château d’eau au long fût tordu
Tel une poignée de spaghettis tenus en flambeau
La plus belle tour d’Amiens répète-t-il
Que Rémi mort trop tôt n’a pas connue
Plus belle que le beffroi Blanche plus blanche
Qu’Alger même et qui permet à tous
De lever les yeux vers les nuages, y chercher
Les formes d’un cheval d’un lion gueule ouverte
D’un point d’interrogation en liberté

et un petit autre :

Ici Jennifer prononcer djé au début du prénom
Sinon elle reprend qui l’interpelle fautivement
Jennifer fait six enfants en sept ans Le prochain
Est prévu pour le deuxième tour des élections
Elle a un tablier à fleurs et fait aussi de la cuisine
Dans un temps de cuisson elle fait l’amour
En soulevant ses fleurs Il arrive qu’elle pleure
Mais peut-être est-ce l’épluchage Elle est
Heureuse elle le dit le répète Heureuse vraiment
Elle se penche parfois à la fenêtre du 10e étage
C’est une chance d’habiter si haut Le vent
A quelque chose de marin on dirait la côte
Et des bateaux de pêche au lieu des motos
Elle se penche trop craignent ses enfants

 

 

Pour en savoir plus sur l’auteur, je vous invite à consulter les différents articles qui lui sont consacrés sur le site de la revue Texture

Publié dans Mots rencontrés | Laisser un commentaire

Vincent Motard-Avargues

Je de l'Ego

12 € – 96 p – éd. du Cygne

 

 

Un extrait :

 

Paix

 

Sable sur front
et brise qui sciait voie

mes pieds avalaient
sol friables des rivages

et mon ouïe se laissait endormir
par caresse âpre du ressac

 

 

je pensais
revivais
replongeais

mais
n’aimais

 

 

toutes ces heures
à courir après
minutes creuses

tous ces heurts
à attraper
coups de lune folle

 

 

regards vers l’océan
où tout s’étiole

de tu
de je

Silence.

Publié dans En tous sens, Mots rencontrés | Laisser un commentaire

Royaume

Ce n’est pas rien.
C’est à mourir.

Plus courtes que les jours
les jupes, les robes

sautent dans l’oeil
éclairé du roi,

tandis que mollement
ma pensée les soulève.

Ce n’est pas rien.
C’est à rougir.

Un frisson d’éternité
m’entrouvre les lèvres.

Je décapsule donc
cette image-là.

Une bière plus loin,
me voici pareil

à l’arbre, là-bas :

libre et vassal.

Publié dans En tous sens | Tagué | 4 commentaires

Radeau

Tout seul, un nuage

dans l’immensité du ciel –

Je rêve d’une île.

Publié dans En tous sens | Tagué , | 4 commentaires

Lydia Padellec

Mélancolie des embruns

56 p – 14 € – avec des aquarelles de Catherine Sourdillon éd. Al Manar

 

Un extrait de la 1ère partie du recueil baptisée « Ile muette » :

Je me suis assise sur un rocher face à la mer. Le soleil et une petite brise sur le visage. J’ai regardé la mer et j’ai commencé à dessiner des  mots en pensée. Ils avaient la forme d’une île, chaque syllabe le grain de sable d’une plage encore déserte. Ils avaient le bruit léger des vagues, un froissement d’ailes dans le bleu.

 

Un autre de cette même partie (la page suivante) :

Puis j’ai regardé mes mains. Paume tournée vers le ciel. Les veines comme des branches fines dépourvues de feuilles. Arbre d’hiver figé dans la neige de la mémoire. Le visage flou d’une petite fille qui me ressemble. Joue-t-elle encore dans un coin de ma tête ?

(On peut lire ici, sur le blog, d’autres textes de Lydia que l’on peut également retrouver et suivre  » Sur la trace du vent » )

Publié dans Mots rencontrés | Tagué , | Laisser un commentaire

Poésiechroniquetamalle

Poésie Chronique ta malle !

Patrice Maltaverne (poète, animateur de Traction-brabant, créateur des Editions Le Citron Gare … ) a lu « Sous la cognée ». Son point de vue est à découvrir juste

Publié dans Critiques, Critiques, articles, notes de lecture, notes de lecture | Tagué , | 2 commentaires

Jacques Prévert

Prévert - Spectacle

Recueil paru en 1951 (Couverture par Brassaï et Prévert)

 

Un extrait :

Gens de plume

Dans cette ville, les gens de plume ou oiseaux rares faisaient leur  numéro dans une identique volière.

A très peu de choses près, c’était le même numéro.

Les uns écrivaient sur les autres, les autres écrivaient sur les uns. Mais « en réalité » la plupart d’entre eux n’écrivaient que sous eux.

Quand ils volaient, ou accomplissaient le simulacre de voler, avec ailes de géant et grands Pégazogènes, c’était  toujours dans les Hauts Lieux où, paraît-il, souffle l’esprit.

Ils parlaient beaucoup entre eux.

Coiffés d’un grand éteignoir noir, auréolés d’une lumière indiciblement blême.
Ils ne parlaient que d’eux et que d’oeufs :
– Qu’avez-vous pondu, cher ami, cette année ?
Et ainsi de suite et pareillement dans un langage analogue.
Dès qu’on annonçait une omelette, ils venaient casser leurs oeufs.

Certains d’entre eux portaient de grandes manchettes et n’écrivaient que sur elles.

Les jours de fête à la Nouvelle Oisellerie Française on leur jetait parfois des graines, on leur offrait un gobelet.
Dans le grand jardin, une grande foule de grands solitaires, irréductibles, inséparables et néo-grégaires se rencontrait.
Et leur agressive et inéluctable solidarité, chacun étant pour l’autre d’une inéluctable indispensabilité, donnait lieu à de très profonds entretiens musicaux où tous ces oiseaux rares donnaient de concert des solos, et l’on entendait l’unique cri du choeur de leur unique voix de tête, qui d’un commun apparent désaccord chantait le contraire des uns sur le même air que les autres et le même air des autres sur le même contraire des uns.

Mais, dans cette ville, il y avait aussi des Moineaux.

Publié dans Mots rencontrés | 4 commentaires

Cédric Bernard

Cédric Bernard

8 € – éd. Littérature mineure

 

Un extrait :

TKT maman, ça ça va. J’ai jamais su pourquoi mais ça ça va. Madame dit que je progresse. Elle me dit que je progresse elle le dit à tata. Quand je fais un dessin. Elle est fière tata. Tu serais fière maman je vais même au collège. Ça ça se passe ça se passe bien. Des fois il y a trop de bruits il y a trop de cris. Alors je me souviens la porte le placard le noir le tapage sur la porte du placard le noir. Je crois. C’était si long je me souviens même plus de toi. Mais ça ça se passe. J’agrippe les poignées et j’ouvre je ferme je claque le commutateur et j’allume j’éteins. Toutes les poignées tous les commutateurs. Les autres me regardent mais je me  sens je sens l’air et la lumière. Je suis le courant. J’ai besoin d’ouvrir écarter écarquiller tu comprends ? J’ai besoin de t’ouvrir t’écarter t’équarrir tu comprends ? Mais Madame dit que je progresse. Je fais de beaux dessins.

 

D’autres mots de Cédric à lire ici et

Publié dans Mots rencontrés | Tagué , | Laisser un commentaire