Anne Gary

anne gary

7 € – éd. Voix tissées (2016)

 

Quelques extraits :

 

40

…...Feux d’artifice au loin, vagues grondements guerriers, sombre ciel fermé aux regards : je suis, oui, professionnellement, capteuse d’étoiles, caresseuse de chats, écriveuse de rêves tentés d’être réels. Mon métier est de sentir, puis d’en faire quelque chose : pas d’usine chez moi, une ligne de fuite, un cercle de l’esprit, mélancolique et songeur. Eloigné des festives danses, le rythme ici respire, s’adoucit de silences, forme les mondes, transmet – si possible, si lecteurs – une autre naissance.

 

76

……Ces états que l’on peut dénommer d’enfer consistent à être totalement dépossédé de soi, et dans une rigidité du « il faut », il faut dire-ne pas dire, faire-ne pas faire, avoir l’air-ne pas avoir l’air, qui déconnecte du monde autour. L’esprit échappe. On n’est plus là que pour souffrir ce corps malhabile, on ne reconnaît plus les visages, les lieux deviennent étranges, incroyables et coupants comme une vitre cassée.

101

……Blanche sur fond d’ombre tigrée, la moustache du chat frémit d’impatience : il a vu un moineau se poser sur le toit. Le soleil traverse le rideau, la fenêtre est ouverte, le félin s’étire, oublieux de l’oiseau. Il n’en fait pas une maladie, philosophe, il tourne la page et ne se frustre pas de si peu. Il est là, tranquille, dans sa fixité indifférente – ou détachée ? – et se lave avec nonchalance.

102

……En convalescence d’un jour difficile, le poète, qui ne sait pas s’il est poète ou malade d’un siècle dur et avide, cherche dans son logis tranquille une accalmie et un nouveau souffle à l’écriture intime. Le piano chante, léger, à peine perceptible tant sa mélodie se fond dans la brise plus fraîche du matin, joue sur le tableau des pensées flottantes, prêtes à se mettre en mots. On pose une respiration aux rythmes clairs, et brumeux de détachement salvateur, on émet un nuage intérieur porteur de bénéfiques apaisements, on se souvient sans hâte ni douleur de cette veille pleine de tension, et l’on baille sans envie d’affronter la rue bruyante.

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Editions Voix tissées

Le site des éditions Voix tissées a fait peau neuve ! Il est désormais possible de commander en ligne.

Alors on n’hésite pas !

 

Voix tissées II

 

voix tissées III

 

voix tissées IV

 

C’est par ici

 

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Gabriel Cousin

Gabriel Cousin

104 p – 12 € – éd. le dé bleu (1998)

 

Un extrait :

 Jeu mortel

;;;;;C‘était en Bretagne au temps des anciennes routes tortueuses.

;;;;;Nous roulions très vite et le danger était un alcool.

;;;;;Dans la voiture, étendue sur mes genoux, Elle était nue dans la chaleur, sous le vent de la mer.

;;;;;La tiédeur et la douceur de son corps sur mes cuisses me pénétraient et se mélangeaient aux signes de la route.

;;;;;Son torse odorant gênait la tenue du volant et dans les multiples virages s’écartait ou s’écrasait contre mon flanc.

;;;;;Le désir tapi dans mes reins montait sous l’excitation des freinages et des accélérations et s’introduisait sournoisement dans les manoeuvres.

;;;;;Dans les lignes droites ma main venait prendre ses seins tout frais et son pubis luisant dont les lèvres s’entrouvraient.

;;;;;Le danger me faisait ressentir plus fortement les liens de ma vie à la sienne.

;;;;;Le bonheur d’être ensemble et de vivre était décuplé par ce jeu mortel où Elle m’offrait son corps à 140 à l’heure.

;;;;;Nous approchions de la cinquantaine et nous riions heureux et fous dans le vent de la mer.

 

 

On peut découvrir une présentation de l’auteur sur le site de la revue « Les hommes sans épaules » dirigée par Christophe Dauphin. C’est par

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Gros Textes n°46

grostextes

91 p – 10 €* (port compris) – illustration couverture : Yves Barré

 Au sommaire de ce copieux n° :

Cyril C.Sarot
Alain Sagaut
Emmanuel Campo
Emmanuel Campo invite Kevin Prost
Patrick Duret
Patrick Duret invite Sylvain Théroz
Gaëlle Boule
Gaëlle Boule invite Olivier Jouan
Léon Bralda
Michel Lamart
Michel Lamart invite Béatrice Paillet, Jean-Paul Person et Patrick Mouze
Cathy Co
Cathy Co invite Aude Fabulet
Elsa Hieramente
Sébastien Joanniez et Simon Grangeat
Michel Bourçon invite Sandra Lillo
Michel Gendarme invite Jérôme Anthoine
Morgan Riet
Morgan Riet invite Michel Pialoux
Christophe Jubien
Patrice Angibaud
Marlène Tissot
Karin Huet
Karin Huet invite Aude Larmet et Zoé Lamazou
Jean-Claude Touzeil
Guy Collet
Entretien avec Roger Lahu

 

*la revue papier est à commander à l’adresse suivante : Gros textes – Fontfourane – 05380 Châteauroux-les-Alpes (chèque à l’ordre de Gros Textes)

On peut également la consulter en ligne en allant par ici

 

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Serge Prioul

serge prioul

90 p – 14 € – éd. Les Carnets du Dessert de Lune

Quelques extraits :

 

Les mots d’enfance
Te viennent comme la craie sur le tableau noir
Ils frottent et ripent et claquent comme un point

Merveilles du blanc et noir

Les mots d’enfance ont tout plein
De poussière dans leur traîne

Et de ceux d’aujourd’hui en robe de deuil
Tu n’attends rien
Rien d’autre encore
Que le chant de l’enfance

*

Tu me fais remarquer
Ces petits rectangles d’herbes
Sauvés de la tondeuse
Entre les quatre pieds
Des tréteaux de la table

Et nous restons là
Assis
Nus pieds
Dans l’été qui passe
Sans rien démontrer
A savourer
Cet autre espace
Du monde

*

Il neige
Avec Apollinaire je fredonne
Le cuisinier plume ses oies
Ah ! tombe neige
Tombe et que n’ai-je
Ma bien-aimée entre les bras
Il neige
Voilà les femmes que j’ai serrées
Il neige
Tu dors encore
Tu dors encore
Et tu vas te lever sourire
Ah ! la neige
Il neige
Et le jardin t’attend
Il faut nourrir les oiseaux diras-tu
Et les oiseaux t’entendent
Il neige
Et sur mon poème
Se posent juste les mots qu’il faut
Pour que tu me dises
Pour que je te souffle
Il neige
Il faut nourrir nos je t’aime

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Sépia

Bien plus qu’un wagon,
qu’un train de retard,
c’est tout un réseau
neuronal
qui me sépare
de vos jeux, joutes
;;;;et tchates,
de toutes
vos virtuosités virtuelles.

Sur mon quai
sépia, je vous épie
du coin de l’œil,
de ma tendresse,
tandis que vous évoluez
dans vos univers
;;;;parallèles
et qu’une partie
de moi
demeure à l’heure

des loups, des chats
perchés
mêlés ;;;;au galop
des petits chevaux sous
la cravache
d’un dé.

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Michel Monnereau

monnereau

136 p – 14 € – éd. La table ronde

 

Quelques extraits :

 

certains soirs

Le passé est chevreuil
traversant d’un bond
les nuits de pleine lune.

Ma vie n’a plus de pare-brise.

 

étreindre le ressac du passé

Mots d’ordre qui tracent le cercle où se tenir.

Faire de ces heures un jour respirable. Savoir se
contenter de cela. Oublier la mer et le vent blond d’été,
là-bas.

Plus tard peut-être, dans un temps à venir qui inquiète
notre plaisir.

Un moineau ramène un coin de ciel bleu vers moi. Il a
l’aile du présent. Il sait que plus tard n’existe pas.

Alors je regarde la pensée de la mer.

 

il se fait tard sur la terre

Adulte par inadvertance ,
j’aurai vécu au bord de vivre,
là où on ne dérange personne.

Homme au couchant de sa vie,
à l’aurore d’un siècle qui finira sans moi,
je suis une idée comme on suit une femme,
juste pour vérifier la beauté du monde.

Mes poèmes sont les rues
que je n’ai pas su prendre.

 

dix-sept ans

Obéissant à tous les mots de désordre,
on déchire la soie du confort
pour les poèmes mal écrits de la rue.

Le coeur cogne si fort contre l’avenir
qu’on préfère la défaite à la patience
et tant pis si on met le feu à l’océan !

On se lève contre, forcément contre,
avec les bannières qui passent.
La révolte a des yeux de filles
et le goût éphémère des cerises.

C’est après que les idées prennent de l’âge.

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Vieille dame

« Après nous, les mouches »

me dit-elle, philosophe –

Vision d’asticots.

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Elsa Hieramente

elsa hieramente

54 p – 6 € – couverture : Elsa Hieramente éd. Gros textes

 

 Un extrait :

 

je brume liquide au-dessus des maisons des
meubles et des immeubles

je glane sauvage quelques billes immobiles
qui n’attendent que le jet d’un géant

je saute à pieds joints dans les bras
de mon fleuve escarpolette
et couette au vent

je mens je mens

je nuit magique où le soleil brille
une fleur ouverte et l’homme debout

je flâne légère sur la cime des arbres
de mon âge
et tombe en boule

et roule et roule

je pluie qui mousse sur la vallée de ma rue à
l’horizon des buildings et du phare allumé
illuminé

et tourne et tourne

je prends je prends

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Mon capitaine

Les roulis, les tangages,
les dérives,
les écueils, les pourquoi,
les comment sans boussole
et sans oublier le chant
des sirènes
comme un alcool
à brûler la cervelle
au sein des vents contraires,
ça, pour sûr,
il connaît par cœur, mon capitaine.

Mais, parfois, une île
se dessine,
apparaît à l’horizon,
dans les brumes d’une nuit blanche,
et c’est un poème
qui vient lécher la page
et donner, par voix
de conséquence,
;;;;;;;;rimes
;;;;;;;;et raison
;;;;;;;;à son désir d’archipel,
;;;;;;;;à tous les sens de son aventure.

 

Pour lire Michel, il suffit d’aller de ce côté-ci : corde raide et corps de rudes

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