Des échos de l’anthologie « Forêt(s) »

56 p – 9 euros – éd. Donner à Voir – quatrième de couverture : Jean-Claude Touzeil

A lire, dans la revue en ligne Recours au poème, une belle note de lecture, signée Clément Riot, à propos de l'anthologie. Juste 
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Limbes

			



Et une porte donnait sur une autre porte qui donnait sur une suivante… 
Cela faisait des jours et des jours qu’il vivait, que se répétait pour lui ce cauchemar.
De temps en temps, il s’arrêtait. Et s’asseyait, éreinté, ou s’allongeait, comme il pouvait  – recroquevillé sur lui-même – sur le sol carrelé et froid du vestibule exigu séparant chaque porte.
Mais, qu’il fût en mouvement ou au repos, il ne pouvait pas ne pas penser à la raison ou peut-être les raisons pour lesquelles il se trouvait là. Infiniment là. Seul. Prisonnier. Et toujours toutes ses pensées, quand elles ne s’obstinaient pas à tourner à vide, ne menaient nulle autre part qu’à la seule chose dont il parvenait péniblement à se souvenir ; qu’à cet instant où, dans ce qui devait être sa chambre, il s’était allongé sur un lit. Et après, rien. Vraiment plus rien.
Il n’avait donc pas d’autres choix que de continuer, continuer, d’avancer sans relâche. Pour combien de temps encore ? Et vers qui, vers quoi ?
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Salon du livre de Mortain

Je serai présent, avec les éditions Donner à Voir, au salon du livre de Mortain (Manche) qui a lieu dimanche. Si vous n'êtes pas loin, n'hésitez pas à passer y faire un tour !
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Samedi

Gustav Klimt – Forêt de bouleaux (1903)

Retour d’une promenade ensemble en forêt
avec (vague en moi) comme une envie de fourrer
derechef mon nez, là-bas, parmi les fougères,
les fûts, au long de ce chemin jonché de feuilles

mortes, humides, mordorées, que l’on foula,
ainsi que de branches qu’il nous fallait parfois
enjamber ou contourner pour aller plus loin,
au fond des couleurs chaudes que le froid refrain

de l’air venait réfuter au creux de nos pognes.
Ce qui ne nous empêchait point de l’entonner,
de nous exiler à travers lui, et malgré

le bruit, à l’orée, des autos sur la R.N –
Mais Ah ! Connu, l’décor !* comme écrivait Laforgue,
à propos d’autre chose sans aucun rapport.







* Bribes de vers empruntés à l'un de ses poèmes intitulé "Dimanches" et extrait de son recueil "Des Fleurs de bonne volonté" (1890)
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Bovin

La première fois qu’on l’a entendu
dans le service,
on a tous été très surpris.
Cela provenait d’une chambre :

c’était quelque chose d’assez bovin
emplissant, traversant sourdement le couloir ;
une sorte de meuglement
qu’on aurait dit issu
du plus profond des entrailles
du patient 		à l’intérieur.

Depuis, ce bruit 
est entré dans nos habitudes,
sans qu’on puisse en sortir 
un sens quelconque…

Ah, dans quelle partie du champ
coupé		de la conscience
peut-il bien délirambuler,
au cours de ces moments-là ?

	Tout le monde 
	sèche,
	personne
	ne sait,

			à part 		lui,
			seulement	lui.


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Apprivoisement

Approchez ! Approchez donc ! N’ayez crainte. Il ne mord pas du tout. D’ailleurs, si on prend le temps, si on lui en donne, si on sait se montrer patient avec lui, il se laissera – je vous l’assure – en dépit de son côté parfois un rien farouche, en apparence, au premier abord, il se laissera volontiers caresser dans le sens de vos regards et, souvent, en redemandera même.
Et si jamais il vous vient soudain à l’esprit l’envie irrépressible de lancer au loin la balle émotive qui aura peut-être intensément saisi votre imaginaire, soyez quasi sûr qu’il vous la rapportera encore plus belle et rebondissante, juste avant de lécher vos mains grandes ouvertes, autant que sa gueule de mots,                                             
                                                                             le poème. 
                                                                                                                                                  					                         
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Coup de soleil n°116

40 p – 9 € – adresse postale de la revue : Coup de soleil – Michel Dunand – 12 avenue de Trésum – Annecy


Au sommaire de ce n° :

5 poètes roumains traduits par Radu Bata : Ana Blandiana - Nichita Stanescu - Paul Vinicius - Dana Novac - Corina Dasoveanu

Poèmes de : Radu Bata - Claude de Burine - Morgan Riet - Gilles Lades - Eric Chassefière - Tom Saja - Marie-Ange Sebasti

Chroniques de : Jacques André - Jean-Paul Gavard-Perret - Gérard Paris - Michel Ménaché - Jean-Pierre Gandebeuf - Jacques Ancet

Couverture de Ghassan Salman (Irak)




Un extrait :




    Jadis les arbres avaient des yeux


Jadis les arbres avaient des yeux,
je peux jurer,
j'en suis sûre,
je voyais quand j'étais arbre,
je me rappelle que les ailes des oiseaux m'étonnaient
quand ils passaient devant moi.
Mais je ne me souviens pas qu'ils soupçonnaient
l'existence de mes yeux.

J'ai beau chercher maintenant les yeux des arbres.
Peut-être ne les vois-je plus
parce que je ne suis plus un arbre ?
Peut-être sont-ils descendus dans les racines
ou tombés dans la terre ?
Qui sait ?
Peut-être je les ai tout simplement rêvés
Et les arbres sont depuis toujours aveugles.

Mais alors pourquoi
Lorsque je passe auprès d'eux
Je les sens me suivre de leur regard
familier ?
Pourquoi alors quand ils frémissent et clignent
de leurs milliers de paupières
j'ai envie de crier :
Qu'avez-vous vu ?


                        Ana Blandiana
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Reliquat noir

Une équipe de scientifiques
est parvenue à calculer,
de façon très précise,
que l’Univers que l’on connaît
ne serait constitué
que (pour environ 5 %)
de matière visible,
et, pour remplir le reste
infini de l’espace,
d’énergie, de matière noires...

Une avancée, une prouesse !
Un peu comme des projecteurs
qu’on jetterait ainsi sur cette
obscurité épaisse, au plus profond
de la scène étoilée du ciel.
Mais, pour autant, pas sûr
qu’on puisse y voir jamais
bien plus clair dans son jeu –

     Ce qui, à mes yeux de taupe,
     demeure le plus beau.
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Festi’Livre (Calvados)

Si jamais vous passez dans le coin...

Présentation des auteur(e)s invité(e)s :

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Robert Nash

92 p - 17 € - éd. Revue A l'Index  (pour le commander* : Jean-Claude Tardif – 11, rue du Stade -76133 Epouville)


Extraits :

Le soleil tourne autour de la maison,
traces d'ombre sur les écorces.
J'aime ce silence qui traîne d'arbre en arbre
et qui soudain se déchire
dans un vol d'oiseau
le bruit furtif d'un petit rongeur
ou d'un cerf lointain.

La vie n'a pas de mesure mais
elle est là plus qu'ailleurs
dans l'espace de la forêt,
dans son chaos fait d'ordre
de rumeurs, de couleurs ;
de mots inventés
blottis dans le moindre creux de terrain,
la moindre ornière dessinée par la pluie.
Bien loin de ce superflu
ce surnuméraire que parfois j'appelle "homme"
avant de l'affubler d'un prénom :
Le mien.


*


Flocons suspendus dans l'aube sale,
la neige est grise, fatiguée de la terre.
Dans le sous-bois
les ornières ont pris des rides,
l'eau y ressemble à de vieilles larmes.
L'hiver est passé,
sa rigueur nous laisse encore
sur la lèvre une gerçure profonde.
Au plus haut du jour le soleil est noir
comme intimidé par les ombres.
Les bruits paressent sous le pas des gibiers,
traces de griffes, de sabots.
Taches de sang sur neige
et silence étouffé dans le cristal pur
des flocons.

Immobile sur le seuil
je regarde ce monde qui avance.






*chèque libellé à l’ordre de Association « Le Livre à Dire »
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