La collection Blocks

Il s'agit d'une petite collection conçue par l'artiste Matt Mahlen. Chaque livret (format A6) réunit un texte court d'un auteur et une linogravure de Matt. Au lecteur ensuite de le déplier pour pouvoir lire et voir l'ensemble (recto et verso au format A3). Prix libre.

Illustration de la couverture du livret auquel je participe avec un poème intitulé « Cet homme » (Matt m’a dit s’être inspiré de Georges Rouault pour ce visage)

Texte au recto (format A3) :

Lithographie au verso :

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Jean-Christophe Ribeyre

56 p – 6 € – illustrations : Marie Alloy – éd.L’Ail des ours

      Un extrait :


Je voudrais répondre en ami
au bruissement des saules ce soir,
aux rayons timides,
au vent venu tourner
les pages d'hortensias,
remercier ce qui
m'illumine
et me fait peur,
ce qui chante
et me lapide,
consentir 
aux transparences,
aux foisonnements,
à la mort même
trouant cette page,
à ce qui fut
comme pour l'éternité
ma vie d'une journée.


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Facile




	Loin du vacarme,
	loin du tumulte,
	loin du tohu-bohu,

profond échange
tout en légèreté libellule
avec le ciel, les arbres,
les ramages, les bruits sourds, les ornières

	et les vaches splendides
	dans les prés verts.

Et moi, déjà,
paissant, broutant,
			ailleurs – 
en contrepoint des paysages traversés – 
je ne puis m’empêcher de jeter au passage
un clin d’oeil appuyé
à ce poète qui se lie
facile, 	en filigrane,	 	au fil 

        de ma joie simple
	comme beau jour d’avril.
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Perte

L’autre matin,
réveillé soudain, éjecté
d’un rêve au fond duquel
j’étais en train
ou peut-être en voiture,
ou en bateau, ou en avion…
j’étais en train – en tous les cas – 
d’écrire 
quelque chose. Mais impossible
de savoir quoi, malgré
tous les plissements de mon âme
pour… Méandreusement,
j’arrivais tout au plus
à me souvenir – enfoui sous mes draps
en forme de voyage 
avorté – à visualiser
seulement une page, une feuille,
une danse dessus

et, 	dessous un rideau
lourd et opaque
quelque chose,	un poème

probablement
mon plus beau, mon plus vrai
à tout jamais perdu au fond de moi.

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Fenêtres sur jardin (anthologie)

52 p – 14 € – éd. de La Lune bleue – Trouées poétiques

Quatrième de couverture :

« Jardin nu« , toile 30×24, 2017 – LaOdina

Tu n'aurais pas eu
besoin de te lever
le jour l'avait fait pour toi

Le jardin presque en congé
ce matin de ta joie

Mais il fallait ta seule main
pour tourner la poignée
ouvrir la fenêtre
pour t'unir au midi.

                 Alexis Bernaut



Lire.
Se lever dans la maison silencieuse.
Encore peinte de sommeil, ouvrir la fenêtre et regarder
le ciel gris.

Respirer.

Le rituel se met en place.

Les oiseaux, comme de minuscules traits de pinceaux,
passent dans la grande page vierge du matin.
Tantôt par myriades.
Tantôt solitaires.
Beaucoup s'arrêtent sur les grandes branches du merisier.
Chaque matin, il y a le même merle sur la même branche,
qui me regarde.


                   Flora Delalande

« Nouvelle ère 3« , acrylique et pastel sur canson A4, 2017 – LaOdina

L'arbre est nu
dans la circonférence

le pas se fait précis
sur le chemin.

Tenir le pinceau
et tracer au rouge

la Voie.

L'eau apaise
la brûlure

d'une trop intense
présence.

Ainsi s'équilibrent
les contraires.

Espace du dedans
espace du dehors

cohabitent désormais.


             Valérie Canat de Chizy




Ombres de Miró, de Matisse,
on parle d'amour et de mort
d'amor et de sang
dans la chair rouge de la toile ;
l'épaisseur de son silence.

Dehors le monde s'efforce
à être ce qu'il est

le crépuscule fait ce qu'il peut.


                    Jean-Claude Tardif
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Satie

Caen, une fin
d’après-midi
   en mars,
désert quasi
ouaté d’ennui
où que l’on aille.

Tout est fermé, de fait,
hormis les bars et les cafés.

Mais, comme moi – main dans la tienne – 
il me semble que les rues rêvent
(c’est toujours ça de pris !)
en nous tendant leurs bras	mélancoliques
entre lesquels – l’entrevois-tu aussi ? – 
courent nos parts
d’ombre et de lumière,
et peut-être un peu – l’entends-tu de même ? – 
quelque chose comme un air de Satie,
lent, vaporeux, couleur de pluie légère,
pour venir jouer avec elles

et le sable de nos plages intimes.
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Salon du livre Jeunesse d’Essay (Orne)

Les éditions Donner à Voir y seront présentes le samedi 26 mars de 10 h à 17 h. Le stand sera tenu par la bande de poètes que voici : Michel Lautru, Danielle Georges et Jean-Claude Touzeil




... Le programme complet (animations, auteurs et illustrateurs invités) ci-dessous :
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Christian Bulting

130 p – 11 € – éd. Gros Textes

Quelques extraits :



Sur la porte de la chambre 127
De la maison de retraite où ma mère
Coule les jours de ses nonante

Un mauvais poème est affiché
Ni les vivants ni les morts ne méritent
De mauvais poèmes le prétexte de celui-ci

Je l'apprends en lisant au-dessus du poème
Monsieur... nous a quittés le six février
Son nom le même que le prénom de mon père

C'était un vieux monsieur que j'avais l'habitude
De croiser au fil des dimanches
La porte de sa chambre ouverte sur la télé


*


Ce sont des tisanes à base de plantes
Moringa gingembre racine de réglisse
Menthe pétales d'hibiscus tronçons de grenade
Séchées fraise cannelle pommes des infusions
Concoctées en Inde acquises en Guadeloupe
A mon intention par ma fille pas un instant
Je ne doute de leur efficacité
Tant elles contiennent l'amour qui fait des miracles


*


Il suffirait de briser sa coquille pour
Avoir accès au langage aux mots justes
Sur la page jus noir des signes paragraphes
Serrés colonnes pleines mais le silence
Auquel on est condamné quand de la bouche
Ne sort que de l'absence et qu'on se cogne
A la dure paroi translucide qui nous
Sépare des autres toujours en recherche
D'une trouée libératrice où on aurait
Enfin les mots faire cesser la malédiction
De l'enfermement du mutisme de l'enfance
Grandir s'ouvrir être avec ceux qui nous bordent
Comme avec ceux des lointains dire pour vivre
Enoncer ce qui au-dedans étouffait
Va maintenant à la rencontre par la mise
En mots donnés à tous par la parution
De la partition singulière que chacun
Joue sur le clavier linotypique de la vie
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Hans Magnus Enzensberger

307 p – Poésie / Gallimard

Un extrait :


Georges Méliès (1861-1938)


Le rideau se lève. Il frappe dans ses mains. La scène est
  vide.
Robert-Houdin est mort depuis longtemps. Dans les sous-sols
  de son théâtre.
Passage de l'Opéra, ses machines magiques ruissellent de
  poussière.
La bouteille inépuisable est tarie. La chauve-souris omnisciente 
  se tait.
Paris sort en bâillant des Illusions fantastiques. Le chirurgien
  du crâne
est sifflé. Le rêve d'un astronome ne fait plus recette.
La tête tranchée est un four. La baraque foraine s'est éteinte.
Déconcerté, le maître a une idée.

Il frappe dans ses mains. Un pavillon de verre à Montreuil
  se déploie
comme si le déployait la main des esprits. Un palmarium.
  Une ménagerie.
Des lampes à arc jaillissent du parterre. Des palans montent.
Des jalousies s'enroulent et se déroulent. Sur des chevalets
  et des trépieds,
mouvement de boîtes métalliques, de manivelles et de 
  lentilles. Des draps flottent.
Des clapets tombent. Un studio entier sort de terre et s'étend,
  chambres noires,
décors, maquettes, coulisses, costumes : une machinerie à
  produire des miracles,
une usine à fabriquer des esprits.

Votre métier et le mien - guère de différence dit Apollinaire.
Le maître installe, écrit et visse. Il peint et tourne.
Il coupe et coud. Il bricole. Il construit. Il développe.
Il martèle, il mélange, il copie, il fait tout lui-même et
  répond : Je suis
un travailleur à la fois manuel et intellectuel. Il tient le rôle
  de sept musiciens,
tout un orchestre à lui tout seul. Il frappe dans ses 
  mains.
L'écran s'obscurcit. Le celluloïd avance par à-coups.
Il est le premier, toujours le premier.

Le projecteur tourne. Une auto apparaît, s'arrête et
  se transforme
en un corbillard. Quatre clowns blancs se transforment en
  un nègre géant.
Tout se transforme en tout à toute allure. Puis l'explosion.
Puis l'éclatement en mille morceaux. Le film est terminé.
  Le cinéma commence.
Les Chants de Maldoror dansent sur la paroi blanche. Au
  plafond
se promènent des savants. Des horloges crachent des
  démons. Un opiomane rêve.
Des parapluies jaillissent des dames. Gulliver rapetisse et
  grandit.
La première réclame fête la moutarde Bornibus.
D'une valise qui sort d'une valise sortent d'innombrables
  valises.
Tous les désastres du progrès défilent sous forme de
  cauchemar, de slapstick,
de féérie. Le maître frappe dans ses mains. Tout maintenant
  s'éclaire.
Il a tout inventé. Le plan fixe. Le fondu enchaîné. Le
  scénario.
La surimpression. L'animation. La surexposition. Le studio.
Ses inventions sont comme une mer qui le submerge, phosphorescente,
en noir et blanc. Coloriées à la main, des filles avec des 
  petits pinceaux colorient l'image.
Ce qui passe là, c'est le premier film en couleurs.

Il frappe dans ses mains. Il imite l'encore-jamais-vu :
L'explosion du cuirassé Maine devant la Havane. Le Procès
  Dreyfus.
L'éruption de la montagne Pelée et Le couronnement
  d'Edouard VII d'Angleterre ;
Le producteur met au point l'histoire en studio. Tout est
  beaucoup mieux,
plus beau, plus exact et plus authentique qu'en réalité ! Un
  démiurge, dit-on,
un mage, un alchimiste de la lumière ! Soit. Mais il n'en a
  pas du tout l'air,
avec son bouc, sa moustache et son embonpoint, chauve et
  jovial,
il fait plutôt directeur d'un cirque de puces.

Il frappe dans ses mains. Le théâtre alors tout entier
  s'effondre.
Les films brûlent. Les machines se transforment en ferraille.
  C'est la ruine.
Les décors vont en sautillant à la décharge. Une avalanche
  de suie ensevelit l'inventeur.
Un rouleau compresseur l'aplatit sur le pavé. Quelle
  tragédie. Dix années passent.
Dans un kiosque gare Montparnasse est assis un très vieil
  homme.
Il vend des jouets, des bonbons et des petites trompettes. Il
  frappe dans ses mains.
Personne ne se souvient. Rien ne se produit. C'était son dernier 
  truc.
Il a disparu instantanément.
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Cet homme

		       Mais...
		qui ne l’a jamais vu ?
		Qui ne le connaît pas
		       ici,
		       cet homme ?

     Souvent assis
     au même endroit,
     à l’entrée d’une supérette,
     il semble attendre,
     sans surprise,
     que passe
     et repasse – piéton aveugle – 
     le temps.
     Et sans autre domicile
     fixe
     qu’un fond fou de rêve, il arrive
     qu’il déambule en ville,
     soliloquant parfois,
     comme en pleine querelle
     ou comme interpellant
     le ciel, le vent… je ne sais quoi…
     armé juste d’un tourbillon
     de grands gestes menaçants dans les airs.

		      Mais...
		qui a déjà vraiment
		pris jamais le temps
		d’accrocher, de saisir une once
		de son regard ou bien
		de son sourire infime,
		tandis que lui, au loin, 
                l’ancre il y a longtemps
		      jetée nulle part ?
	

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