Revenant du Lot

Pendant quelques années, Léo Ferré trouva refuge au fond d’un château du Lot. Pendant quelques instants, une fenêtre entrouverte. Un poème tente d’entrer...



	Toutes ces collines, ces vignes,
	ces terrasses, ces causses,
	méandrés de rivières…

	toute cette musique calme
	qu’on peut lire à perte de vue,
	sur la portée de l’horizon,

	et qu’on peut même suivre,
	au hasard des oiseaux, des arbres
	et des chemins de la vallée…

	Toutes ces choses-là, 
	il a dû les dévorer – j’imagine –
	en long et au grand large…

	      et toutes,
	sans aucun mal je les vois bien aussi,
	à la faveur de certains soirs complices,

        venir parfois se rassembler,
        vibrer 	 et s’éployer ivres
        au coeur violon    de son paysage intérieur…

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Castenviels




Pour parvenir
à ce hameau
que le soleil assiège,
    à ce nid d'aigle
perdu dans un repli
de la Montagne Noire,

un long chapelets de lacets
étroits
que l'on égrène
entre des versants escarpés
semblant toujours si près
de plonger dans le lac     du ciel.

Là, un morceau d'été
en forme de maison -
     Rien qu'un espace
ouvert
au chant
des sapins, des cigales,

que toute une famille
(bêtes incluses)
écoute,
retient,
absorbe,
adopte à pleine gorge.

                        30 juillet 2022


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Four

Ça brûle,
ça brille
de mille feux.

D’un air mi-figue, mi-raisin,
je lève un verre, en même
temps que les yeux au ciel
et sa drôle de fête…

Dans la touffeur, en ce moment
précis –
outre, en effet, un son de cloche –
il me semblerait presque entendre,

pour peu que je m’attarde,
pour peu que je me penche,
au passage du vent,

les craquements
et les ultimes cris
de ces milliers d’arbres, là-bas,

tandis que sur mes lèvres sèche
comme un avant-goût du désert.
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Rien de plus




Une journée chaude, azurée,
à ne rien faire d’autre

que de traîner sa rêverie,
que de la laisser hâler au soleil,

au plus près de la joie,
par le courant	    des heures qui s’étirent

comme un chewing-gum au goût menthe forte,
entre les doigts feutrés et moites

de cet air mouette d’été    profus.    Et puis rien
de plus.
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Niveau 4

Petite gym mentale,
gym douce –
niveau 4 depuis peu –
pour entretenir
une certaine souplesse,
        si on peut dire ,
via ce modeste plaisir-là
de pénétrer,
défricher, noircir des forêts
de grilles vierges.

Bref, bref,
remplir des cases
et des cases, quoi,
un peu parfois
comme un rempart,
       si on peut dire,
face aux diverses
sensations flèches –
niveau 4 depuis peu –
de vide passager…

Et ce, en attendant
que ça reprenne,
que ça revienne,
au bord de l’âme,
au bord des lèvres,
et que j’en tire
je ne sais quoi,
peut-être bien,
peut-être même,
       si on peut dire,

comme un poème.
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Vincent Motard-Avargues

76 p – 12 € – éd.le chat polaire

      Extraits : 


une fourmi
sur le rebord de la fenêtre

avance puis recule
hésite et fonce

aussi importante 
qu'inutile

le mouvement de tous
le mouvement de chacun


*


une ambulance déchire le calme
tout relatif du quartier qui attend
comme toujours que le temps passe
ni trop vite ni trop lentement

sur la rocade le larmoiement des
urgences évoque des accidents de 
parcours aux drames parfois évités

de nuit on voit aussi des lumières 
véritable spectacle

le drame du monde à portée de soi



*


une certitude
tout ça ne mène nulle part

les mots et les poèmes
les chants et les images

tout se grave
dans le sable

des prétentions plus que
des ambitions

et alors
quand bien même
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Coup de soleil n°114/115

76 p – 16 € – adresse postale de la revue : Coup de soleil – Michel Dunand – 12 avenue de Trésum – Annecy

Au sommaire de ce n° :

Werner Lambersy - Ferrucio Brugnaro - Geneviève Vidal - Marie Desmaretz - Gérard Blua - Jean-Paul Gavard-Perret - Max Alhau - Michel Ménaché - Mireille Fargier-Caruso - Jean-Claude Xuereb - Jean Chatard - Bernard Grasset - Anne-Lise Blanchard - Gérard Paris


           Extraits :


Adoucir

A ce moment-là du silence
... c'est novembre

Dans mon agenda
j'ai retrouvé
la chanson d'une fougère
et des verbes d'automne
qui flânent dans les feuilles

Alors j'ai posé 
des instants de laine
dans mes mains dans ma maison
sur mes épaules et sur les siennes

                Marie Desmaretz






Soleil Captif

A travers les grilles
Nazim Hikmet et Yannis Ritsos
ont vu le soleil danser
sur des bouts de papier
les mots aussitôt
ont saisi
le chant...

                      12.2.21

                Michel Ménaché





ça tourne vite on continue
on continue
pour découvrir ce qui emporte
sans savoir où on va

en friches les champs blessés
l'absence là partout présente
près des racines     invisible

s'achèvent nos amours
vestiges laissés en désordre
dans la flaque des jours
fragments d'hiver cicatrices

quelques grains de poussière
au pied des arbres
instants de vie
une impression d'éternité perdue

on fait comme si
on continue

                   Mireille Fargier-Caruso




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Jean-Claude Touzeil

Petit livret contenant 16 poèmes de Jean-Claude – Couverture : reproduction d’une linogravure de Yves Barré.

En 1ère de couverture :

Cette année le « Printemps de Durcet » a fait le choix de vous proposer une »Itinerrance poétique » en circuit court, sans conservateur ni produit chimique, le tout à consommer sur place.

Produits localement, seize poèmes de Jean-Claude Touzeil jalonneront le « chemin des poètes » à travers les sentiers ombragés et les rives tortueuses de la « Gine ». Avec un peu de chance et de persévérance vous pourrez peut-être y croiser ce jardinier de mots garant de la biodiversité poétique.

Poète, même à seize heures trente... Jean-Claude Touzeil est né d'un père normand et d'une mère slovaque, au milieu du XXème siècle et du marais de Carentan (50). 
On peut dire de lui qu'il : 
- est le "père fondateur" du Printemps de Durcet et du "Chemin des poètes" ;
- plante des arbres un peu partout, anime des ateliers d'écriture poétique ici et là ;
- milite pour une poésie vivante et partagée ;
- a publié une quarantaine de livres de poésie parmi lesquels :

Peuple d'arbres, Est-ce que ?, Un tour de plus (Donner à Voir), Café vert tzigane, Les tweets du pinson (Gros Textes), Un chèque en blanc (Clarisse), Urticantes (Ficelle), Des choses qui arrivent (Le chat qui tousse), Prix Georges Perros en 2016, Vox populi, Prendre l'air (L'aventure Carto).

Plusieurs de ses poèmes sont devenus des chansons :
Peuple d'arbres,(CD) Martine Caplanne, Un poirier m'a dit,(livre + CD) Michèle Bernard et François Morel.

Publications en revues : Portulan bleu, L'ours dansant, Cairns, La chouette imprévue, Texture, etc...
(Borne 1)

Le tour du monde

Fort des leçons de géographie
du maître d'école,
je dis un jour fièrement à ma mère
que, la terre étant ronde,
si quelqu'un allait toujours tout droit
dans une direction donnée,
il finirait par revenir
dans la direction opposée.
Et, passant illico de la théorie à la pratique,
je pris ma patinette et lui déclarai
que j'allais faire le tour du monde...

Ne voulant pas me décevoir,
Maman m'a dit simplement
de ne pas oublier
mon cache-col...

(Petits cailloux pour Gita,
éditions Echo Optique, 2007.)


(Borne 8)

Miss

La liberté
est creuse à l'intérieur
avec des escaliers pour monter
Les ascenseurs 
sont interdits au public
pour raison de sécurité

La liberté
a beaucoup souffert
ces derniers temps
Des ouvriers
sont obligés de la repeindre
pour cacher la misère

La liberté
monte la garde
chacun son métier
tandis que des policiers
la surveillent
du coin de l'oeil

La liberté
n'a pas de dessous
et plus d'un homme rêve
devant son sex-appeal
mais elle aussi ne s'use
que si l'on s'en sert

(Dans la région du coeur,
Poésie Clandestine, 1993.)


Photo de Yvon Kervinio

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Pas de côté



C’est jeudi.
Et comme tous les jeudis
ou presque, c’est le jour
d’un pas de côté,
en marge du service,
	à travers l’atelier
que j’anime aux côtés
de mon collègue ergothérapeute.

(Cette fois-ci encore,
une bonne partie 
des patients attendus
ont répondu présent à l’appel)

Et alors chacun va –
on l’espère, on y aspire –
ouvrir comme il peut
une fenêtre,
une aire,
un coin de lumière au fond de sa tête,
à partir de /
en dépit de ses vides,
ses trop-pleins, ses tourments,
ses freins,   ses failles,
ses délires,	     ses déliés…

Et alors chacun va
offrir comme il peut,
comme il vague,
comme il pense,
à un simple bout de papier,
un brin de sa présence au monde
blessée, froissée,
et parfois même, comme par magie,

plus que l’image
d’un ballon d’oxygène
au rebond de confiance bleue,
par-delà tous les murs
			amers.
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Je dis Désirs (anthologie)

108 p – 10 € – éd. pourquoi viens-tu si tard ?

Une anthologie de poèmes – sur le thème du désir – choisis par Marilyne Bertoncini et Franck Berthoux

Au sommaire de celle-ci :

Luca Ariano – Giancarlo Baroni – Cécile Bellamy Bajard – Domi Bergougnoux – Marilyne Bertoncini – Huguette Bertrand – Black’cha Mal-Ô – Yve Bressande – Brigitte Broc – Jacques Cauda – André Chenet – Viviane Ciampi – Tristan Colovray – Joël Dely – Christine Durif-Bruckert – Ile Eniger – Michaël Glück – Chantal Godé-Victor – Gili Haimovich – Dominique Hecq – Danielle Helme – Hoda Hili – Ida Jaroschek – Marie-Philippe Joncheray – Marie-Laure Le Berre – Paricia Ligouis Fort – Carole Mesrobian – Narki Nal – Dominique Ottavi – Angèle Paoli – Amédée Pan – Jean-Charles Paillet – Mariapia Quintavalla – Adeline Raquin – Emanuela Rizzo – Laurent Robert – Marc Ross – Jean-Michel Sananès – Dana Shishmanian – Anne Soy – Perle Vallens – Michel Vieulle – Dany Vinet

L’ensemble est accompagné des photos de Jaume Saïs

             Extraits :



Je voudrais de l'ivoire sur du fer 
pour masquer la laideur sous un peu de beauté

Je voudrais l'importance des choses à rêver
pour oublier le manque de la terre sous le pied

Je voudrais de l'aimance et un peu d'amitié
pour ne pas voir le temps passer sur les années

Je voudrais l'arbre vert au milieu de l'hiver
et l'espoir dépassé de vivre sans cruauté

J'attends qu'un jour le vent
apporte sur le sillage de toutes mes feuilles mortes
l'espérance sans fin
d'une nouvelle nuit d'été
et d'un regard divin
éternellement 
présent à mes côtés



                   Chantal Godé-Victor
        
                   publié dans la revue Cairns





Ce matin je danse
 je suis le soleil
chaque étoile
 la lune
le ciel tout entier

Je rassemble ma lumière
 mes ombres
je suis la mer
 mouvante
 sans cesse ravivée
 de caresse en caresse
 débordante de désirs

Ce matin je danse
 avec les montagnes
 qui n'en reviennent pas de joie

Je danse
ce matin


                 Anne Soy

                 4 février 2021

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