Daniel Birnbaum

84 p – 7 € – illustration de couverture : peinture de l’auteur éd. Gros Textes

Quelques extraits :


Et dire que bouteille et fenêtre
ont tant de points communs

toutes les deux s'ouvrent

sur une attente


*


La mouette se pose
sur le rebord
et tape au carreau

c'est comme si soudain
la fenêtre devenait hublot


*


Ce matin tu guettes
le moindre frisson du ciel
depuis la fenêtre

tu cherches dans les nuages
une façon d'avancer





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WAM !

66 p – 10 € ( 4 n° : 38 € ) – Pour commander : Robert Roman* – 7, rue des gardénias – 31100 Toulouse (chèque à l’ordre de Robert Roman)

Au sommaire de ce premier n° : Alexandra Bouge - Stéphane Casenobe - Pascal Ulrich - Jacques Lucchesi - Dan Giraud - Patrice Blanc - Géraldine Serbourdin - Laurent Bouisset - Walter Ruhlmann - Philippe Pissier - Robert Roman - Eric Dejaeger - Didier Trumeau - Matt Mahlen

Avec des images de Pascal Ulrich, Matt Mahlen et Patrick Oustric



       Un extrait :


Beau comme...

Beau comme une fille qui fume
Alanguie
Contre une pompe à essence.

Beau
Comme le téléscopage
D'un vélo
Et d'un landau
Sur une piste cyclable.

Beau comme un grand geyser
Jailli en plein désert.

Beau comme l'union scintillante de deux étoiles
Sur l'écran noir d'un ciel d'été.

Beau comme un pétale de coquelicot
Egaré dans les escaliers du métro.

Beau comme une palmeraie
Nichée au flanc d'une montagne.

Beau comme comme la rencontre, dans une salle de tribunal,
D'une jupe écossaise et d'une robe d'avocat.

Beau comme un jour de jolies filles
Aux jupes soulevées par le mistral.


                             Jacques Lucchesi

*directeur également des éditions du contentieux dont le blog se trouve ici

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Véronique Joyaux

62 p – 11 € – éd. Les Carnets du Dessert de Lune

     Extraits :


Vivre ce jour encore
Certaines fois c'est plus facile
Cela ne pèse pas
Les gens deviennent légers
Il y a une fête entre amis
Un repas au bord de l'eau
Il y a la tendresse et la bienveillance.


*


C'est très lent ça chemine
On dirait que les gestes pèsent de tout leur poids
C'est comme une fatigue de l'âme
un vêtement trop lourd qui entrave
un cri gardé à l'intérieur de soi
et qui tourne en rond
une heure qui s'attarde dans le jour tombé

Sur l'écran les images défilent
juste là pour la présence
Dehors la pluie 
grisaille
étonnamment accordée
On s'enfonce doucement dans les sables
On résiste un peu
On s'épuise.

Et soudain des rires d'enfants montent entre les arbres
La vie redonnée
Alors on ouvre la fenêtre.

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« Ou serait-ce autre chose ? » lu par Christian Degoutte

Aphrodite née de l’écume, Vénus sur son char marin, c’est un peu ça la femme qui sort des vagues dans OU SERAIT-CE AUTRE CHOSE de Morgan Riet (poèmes) « Après bien des syllabes / dans le bruit caressant des vagues / la taille courbe d’un fantasme… » et David Lemaresquier (peintures). C’est un bien bel objet cet ensemble composé d’une liasse alternant un poème / une peinture. Avec ce mouvement inverse : plus le texte se fait précis, charnel, plus les peintures deviennent floues, évanescentes. Donc, les douze peintures de David Lemaresquier d’abord : une baigneuse nue regagne la rive. Les couleurs sont l’été : marines, lumineuses, douces (elles me font penser aux eaux couleurs lagon de la Bretagne du côté de St Lunaire, de St Briac et de Lancieux), puis les couleurs se perdent dans la brume, la baigneuse s’estompe. Ça fait rêver. C’est justement ce que disent les poèmes (2 quatrains par page dont un vers refrain : ou serait-ce autre chose ?) de Morgan Riet « Tout en vibrations sang-sue / Elle / le point de vue se resserre / sur un idée-fixe, rocheuse… Lisse galet, elle avance / ses arguments de chair…». Puis le rêve s’échappe à son rêveur « Visage absent, rive brumeuse / mais façon Nu couché de Staël… » à moins que l’ensemble n’ait été qu’une illusion géographique ?

CHRISTOPHE CHOMANT éd. 23 € – 16, rue Louis Poterat – 76100 Rouen

Revue VERSO n°184 – mars 2021 – Rubrique « En salade » par Christian Degoutte

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Coup de soleil

40 p – 9 € – adresse postale de la revue : Coup de soleil – Michel Dunand – 12 avenue de Trésum – Annecy

Au sommaire :

Poèmes de Françoise Han – François Graveline – Jean-Pierre Chambon – Colette Nys-Mazure – Frédéric Jacques Temple – Chroniques de Jacques Ancet – Jean Chatard – Gérard Paris – Michel Ménaché

Extraits :

La prise est débranchée
le présent coupé de l'avenir
éteint

Du passé reste un peu d'huile
sans mèche
au fond de la lampe

Faire jaillir l'instant
l'étincelle
d'un silex enfoui exhumé

Retrouver l'énergie
l'essor
des premiers âges du genre humain

Que traverse notre espace
déconnecté
une ligne à haute tension

                        Nouvel An 2012

                       Françoise Han (1928-2020)




Le petit d'homme à plat ventre dans le pré
vois-tu la coccinelle
                      posée sur son ongle

Tu préfères te retirer
le laisser
          à sa juste merveille

Tu regagnes à pas lourds
        le cercle ronronnant
                    des grandes personnes


                       Colette Nys-Mazure
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Pierre Maubé

150 p – 17.90 € – illustration couverture : Brigitte Dusserre-Bresson – éd. au Pont 9

      Extraits :


Le ciel est un bol de faïence
Reflétant le thé vert des prés.

Une vache qui rêve lève la tête,
Et regarde passer un nuage de lait.

Un ruisseau chante et ne fait que chanter,
Il est bleu comme les yeux de l'innocence.
Il est froid, il gèle les doigts,
Il chante la chaleur de l'évidence.

Les sapins réunis se concertent,
De toute leur résine ils murmurent.
De l'un à l'autre se propage
Le frisson lent de leur ramure.

C'est un endroit qui s'appelle
Sauveterre.
C'est au bout du monde, dites-vous ?

Je crois que c'est plutôt
Au coeur du monde.


*


Les soirs étaient toujours semblables,
la bière avait le goût de la mélancolie.
Un pianiste jouait un jazz vanille brume,
un chat occasionnel me racontait
à voix basse des histoires de famille.

Il faisait chaud dans ce café du Nord,
je regardais brûler dans la cheminée noire
ma jeunesse parmi des bûches écroulées.
Je souriais, j'étais très triste,
les yeux noyés dans les reflets des braises
ou la fumée de la salle voûtée,
les bras posés sur le bois noir d'une table de rencontre,
le corps à la dérive,
l'esprit perdu dans des accords mineurs,
j'étais triste et je ne t'avais pas
encore
rencontrée.
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Nuagement

 

    Par petites rafales
    la bruine tire
    à boulets gris
    sur les façades.
 
 Depuis ma chambre
 j’observe,
 j’absorbe
 ce spectacle des plus
 rebattus contre la fenêtre
 d’un jour d’hiver.
 
 Goutte après goutte,
 à pas brouillés –
 par-delà ce banal
 épisode pluvieux –
 ça vise comme
 à vouloir me parler
  
 d’autre chose, il me semble,
 de je ne sais quoi, il me tremble,
 qui s’enrumine à nuager épais
      et se dérobe
  
 sans trêve
 à toutes tentatives
 d’étreintes,
 à toutes flèches conquérantes…
  
    Par petites rafales
    la bruine tire
    à boulets gris
    sur les façades.
 
 
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Franck

 
      Il avait vingt ans.
      Il rêvait.  
      Il aimait
  
 rimer et lisait, pour ce faire,
 avec ferveur,
 tous les orfèvres en la matière
 qu’il découvrait.
 
 Plein de leurs vers jusqu’à plus soif,
 on pouvait ainsi parfois le voir
 assis, au fond d’un bar
 et de ses pensées
 qu’il épanchait alors,
 tout en comptant
 et recomptant sur ses dix doigts,
 pour se rassurer, peut-être,
 et s’assurer, pour sûr –
 parce qu’il y mettait un point d’honneur – 
 que les alexandrins qui lui venaient soudain
 en étaient bien de purs.
 
      Il avait vingt ans.
      Il errait,  
      voyageait
 
 immobile et, surtout,
 souvent bien seul
 avec son chien
 de mal de vivre
 qu’il croyait apprivoiser
 un peu,
 
 enivré de vapeurs
 de trichloréthylène ...
 
 
 
 
 
 
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Thierry Roquet

96 p – 7 € – éd. Gros textes

Un extrait :

Le désert gagne du terrain

Un grain de sable, un seul et minuscule grain de
sable, suffit à enrayer la tranquille mécanique
des habitudes. Il y a plusieurs raisons à cela.
On en connaît déjà certaines. Il paraît aussi que 
le vent orageux, parfois en ramène un jusqu'à
nous. Je veux dire : un vrai grain de sable.
Cet été, on déposera ce grain de sable
aventurier, solitaire et perdu, là où il doit être, là
d'où il vient. Notre vie devrait alors reprendre
son cours, un cours normal et sans aspérité.




... et puis un autre :



L'inconnu qui passera vous voir


Dés demain, j'entame ma tournée d'adieux.
Je saluerai la boulangère, ses fameuses
pâtisseries, l'épicier berbère, son accent
de l'Atlas, mon coiffeur, sa bonne humeur joviale
et rougeaude, la pharmacienne, lui rendant les
médicaments qui ne m'ont jamais servi, le
moniteur de l'auto-école, la fleuriste, les fidèles
du bar d'en face, les deux frangins kabyles du
Tabac, la bibliothécaire, celle qui met gentiment 
mes recueils de poésie en devanture, le serveur
du restaurant, s'il daigne enfin m'apporter
l'addition, les clientes en pause-déjeuner, les
caissières de la supérette, même la plus
antipathique, sans oublier les chiens qui se
soulagent sur les trottoirs et les gras pigeons
venus picorer et chier à nos pieds. Puis j'irai
saluer un à un les trente-et-un mille et quelques
habitants restants de la ville.
Je ne veux oublier personne.
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Daniel-Claude Collin

40 p – 10 € – éd. Souffles

Un extrait :

Les mots et les silences
enlacés sur la piste
au bal de poésie
mêlent leurs pas
en figures inconnues
Ivresse des frottements
incendie des éclats
en rire inattendu
que prolonge un murmure
venu du plus lointain
des attentes affranchies


… et le site de Daniel est à visiter par ici

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