Coup de soleil n°113

40 p – 9 € – adresse postale de la revue : Coup de soleil – Michel Dunand – 12 avenue de Trésum – Annecy


Au sommaire de ce n° :

Poèmes de Jean-Jacques Nuel, Morgan Riet, Marcel Maillet, Azzahra, Michel Lamart, Chantal Dupuy-Dunier, Jean-Daniel Robert, Patrick Argenté




Extraits :



Illustrés

Akim Zembla Blek le Roc
et Mandrake le magicien
les illustrés de ton enfance
petits formats vendus au bureau
de tabac entre 50
et 80 centimes

la couverture était en couleurs
l'intérieur en noir et blanc les héros
très forts et très malins
se sortaient de tous les pièges
et gagnaient toujours à la fin
tu guettais la parution
du prochain numéro en comptant ton argent
de poche

lors d'un salon du livre dans le Jura
un écrivain algérien
de ta génération
te confia qu'il dévorait les mêmes
illustrés que l'on trouvait
alors à Constantine

à l'entendre c'était le seul point
positif   
de la colonisation

                           Jean-Jacques Nuel



L'église d'Auvers


Corps de pierre,
Cheveux de chaumes,
Gisant démesuré,
Sous l'église d'Auvers,
Tu ne dors pas.
Le sommeil n'a jamais été pour toi.
La bâtisse te recouvre
Comme, autrefois, le sable dans les jeux d'enfants,
Quand le ciel diamantait les tessons dépolis.
Les vitraux emprisonnent la mer
Dans leurs filets de plomb.
Tu ne respires plus à son rythme oppressant.
Les yeux grands-ouverts,
Tu renais,
Eternellement,
Entre les cuisses du chemin.


                       Chantal Dupuy-Dunier





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Inspiré

Colline de feuilles

dessus le trottoir d’en face –

automne inspiré
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Spered Gouez n°27

132 p – 16 € – illustration de couverture : Nina Gabrielyan

Au sommaire de la revue : Guy Allix – Ludovig Ar Rû – Louis Bertholom – Jean Bescond – Jacques Bonnefon – Alain Brissiaud – Marie-Claude Bourjon – Georges Cathalo – Marie-Josée Christien – Chantal Couliou – Jean-Marc Gougeon – Anne Jullien – Michelle Labbé – Nicole Laurent-Catrice – Jean-Luc Le Cléac’h – Nelly Lecoq – Mérédith Le Dez – Gérard Le Gouic – Antoine Leprette – Brigitte Maillard – Myriam Oh – Lydia Padellec – Patrice Perron – Morgan Riet – Jacqueline Saint-Jean – Sydney Simmoneau -Pierre Tanguy

Quelques poèmes (ou extraits) du dossier thématique : Célébration de l’ennui

J'étais un enfant
qui vivait les yeux fermés,
il ne voulait pas assister
à ce qui n'était pas sa vie
dans un quartier d'une ville
où il ne percevait pas le bruit
de ses propres semelles
mais des automobiles,
où il reniait dans les vitrines
son visage aux couleurs citadines.

J'étais un enfant qui rêvait
les paupières relevées,
il imaginait des itinéraires détournés
pour rejoindre la grande gare
et quitter à jamais la ville.
Mais les immeubles s'étiraient,
les rues se creusaient dans la nuit
et chaque jour le voyage immobile reculait.

                           Gérard Le Gouic


L'ennui (extraits)

Dune

Le paysage se désole -
mon sang tourne en rond -
les pieds s'enlisent
dans le sable - grains
après grains - l'existence
s'étire - glissement -
regard circulaire - une sterne -
vers le soleil - brûle ses ailes.


Labeur

Lâcher du lest - lézarder
au soleil sur un rocher -
délacer les noeuds de la pensée -
laper les vagues du regard -
laver l'âme de tout souci -
Poème latent - là - devant soi -
léthargie du corps - languir
au paysage - apprendre la lenteur.

                   Lydia Padellec


Sur la vitre
des traces de pluie.
Je les regarde
sans les voir.
L'esprit ailleurs.

*

A portée de regard
un chapelet d'îlots.

Rêver d'ailleurs
et devenir l'une de ces mouettes
vagabonde.

Poursuivre le voyage
toujours plus loin.


*

Ce printemps,
emportée
par des aventures au long cours
par le pépiement des hirondelles
revenues de voyage,
je me laisse dériver.

Elles ont repris
la même place,
juste en dessous du toit
comme si rien n'avait changé
durant tout ce temps.
Indifférentes
aux rumeurs du monde.

               Chantal Couliou





Le site de la revue, juste ICI
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Flamenco

Lé monotone, monochrome,
déroulé au-dessus de nos crânes
et comme indéchirable, malgré
tous les efforts de nos regards
qui moulinaient, moulinaient, dans l’ensemble,
sur une pente quelque peu souple
et soyeuse, en bordure
				de cet après-midi
typiquement novembreux. Puis, là-bas,
en plein champ, il y eut ce feu de branchage
autour duquel semblaient venir
se rassembler, se réchauffer des vaches.
Il pleuvait alors (comme on dit)
		des cordes,
cependant que je m’arrêtais
pour pouvoir prendre la scène en photo,
		des cordes, oui,
qui vibrent encore
et sur lesquelles je me mets,
à présent et sans frein,
à gratter, improviser – revisitant
cet instant, ce passage –
		des airs fiévreux de flamenco.
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Cathy Ko

48 p – 9 € – collection Zipoé – éd. Donner à Voir

Quelques extraits :

Un jour
je serai dessinatrice

dessinatrice de l'intérieur

les yeux fermés
je tracerai l'invisible :

une forêt de volcans
un océan de planètes
la voie lactée remplie de miel
les surfaces courbes
de nos paupières

puis je couvrirai
tous mes dessins
d'étoiles brillantes
autocollantes



*


Un jour
je serai cultivatrice

cultivatrice de rêves

je planterai chaque graine
avec beaucoup d'attention

Puis
je les arroserai
avec tous les poèmes
du monde

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Contre-allées n°44

48 p – 5 € (abonnement 16 € pour 4 n° *) – couverture : Valérie Linder

Au sommaire de ce n° :

Nimrod (invité) – Anna Ayanoglou – Anne Barbusse – Elise Feltgen – Stéphane Lambion – Pierre Drogi (entretien) – Thierry Le Pennec (entretien) – Daniel Biga (fonds) – Michel Fiévet (éditeur)

Quelques extraits :


Certaines expériences viennent se loger en nous
comme une balle à bout portant

à laquelle on survit

Nul ne peut l'extirper
sans détruire ce qui la contient

Matière de dégoût, menace
elle demeure

Et ainsi nous vivons, criblés de corps intrus
arrêtés quelque part.


                    Anna Ayanoglou




Fenêtres (extrait)


Doigts rougis / Saison des mûres
le soleil bas prépare les jours ramassés d'automne
Notre marche lente dans les ronciers
piquetés d'épines
annonce les cuillerées de fin d'été étalées par temps froid
sur les tartines
Fruit noir au goût d'enfance
J'en mange une
J'en cueille 7
Et quand je ferme les yeux après récolte
grappes et grappes de mûres
sous mes paupières


                         Elise Feltgen






* 16, rue Mizault – 03100 Montluçon (chèque à l’ordre de Contre-allées poétiques)


Le site de la revue, juste 
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Daniel Biga

216 p – 14 € – éd. Le Castor Astral

Un extrait :


IL N'Y A QUE LA VIE


Excusez-moi je ne vais pas très bien
mais vous non plus peut-être...
les masques que jour après jour
les masques que d'instant en instant
je porte pour me dérober à moi-même :
qui suis-je ?

une souffrance qui s'aiguise puis s'émousse
une peur qui s'épuise et se revigore
une souffrance une peur
mais il ne s'agit pas que de cela encore
derrière les mots qu'y a-t-il ? qui est là ?
derrière les mots peut-être rien n'existe
mais "rien" encore n'est qu'un mot
alors comment dire l'au-delà des mots

excusez-moi je ne vais pas très bien
mais vous non plus peut-être...

"le bonheur est une décision" (Tilman) peut-être
pourtant je n'arrive pas à la prendre
mais peut-être certains sont-ils plus doués
mais peut-être ai-je raté un aiguillage mais
je ne sais pas grand-chose je ne sais pas vraiment
effectivement j'ai l'impression de n'avoir pas décidé de ma vie
mais sans doute n'est-ce qu'une impression
ni le monde où je suis né ni la famille où j'ai grandi
ni la tristesse qui peu à peu m'a enveloppé
ni les métiers que j'ai faits ou n'ai pas faits
ni les lieux où j'ai vécu ou n'ai pas vécu
ni les femmes que j'ai aimées ou n'ai pas aimées
              IL N'Y A QUE LA VIE

Martine Raymond Robert Michel Marie-Claude Yves...
le suicide fut-il votre décision ?
Laurence Jean-Claude André Christiane Tahar Rabah Gilles...
la maladie de la mort fut-elle votre choix ?

j'ai vécu légèrement sans ancre ni boussole
plus d'une fois rompant mes minces amarres flottantes
comme si j'allais mourir jeune
et voilà que je ne le suis plus
qu'il me reste peut-être même longtemps à tirer
j'appréhende ce ne sera pas facile facile
- est-ce ma seule lucidité ?
l'art d'aujourd'hui ne correspond guère à ce que je cherche
pourtant dès que j'affirme ou nie quoi que ce soit
mes propos ne sont que masques et démasques
dans son infinité de courants et de mouvances
indéchiffrables inconnus inclassifiables infigeables
               IL N'Y A QUE LA VIE

beaucoup de poètes semble-til exorcisent
leurs démons - et leurs anges - dans l'écriture
moi mes démons collent à ma vie
(et c'est sans doute pour cela que j'ai cru les éliminer
par la voie du silence ne célébrant que l'oeuvre des louanges)
mais voilà qu'ils m'ont ré-envahi
démons et pourceaux cohortes et troupeaux
les voilà qui m'encerclent me pressent m'étouffent...
pourtant je crie toujours
                     j'affirme :
               IL N'Y A QUE LA VIE
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Eclats

    Petit trot, tes talons –
ma rêverie pareil.

Chagrin de rien
d’octobre –

le ciel sanglote
à peine

et finit même
de se moucher (morve bleuâtre)

juste au-dessus
de notre parapluie tout rose.

    Et nous déjà
remontant la grand’rue

qui déploie ses appas,
toute sa gamme

de bruits divers, de vitres
et de visages

volés
à l’arraché

au temps qui bulle
de savon, entre nous…

    Petit trot, tes talons –
ma rêverie parée

à ce que quelque part,
à l’orée, elle

éclate
et défroisse son brame.

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Les feuilles

Un bout de viscère

en moins, Maman, dans ton ventre –

Les feuilles / Qu’on foule1









1Vers empruntés à “Automne malade” de Guillaume Apollinaire et figurant dans le recueil “Alcools” (1913)

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Chantal Couliou

88 p – 13 € – éd. unicité

Quelques haïkus de ce livre :

Dehors la pluie -
dans ma tasse de thé
un nuage de lait


Dans les volets
rafales de vent sans fin -
nuit blanche


Averse d'avril
dans les allées du jardin
les frissons des jonquilles


A la queue leu leu
des fourmis disciplinées -
quatorze juillet


Souvenirs d'enfance
à chaque passage devant l'école
l'odeur du seringa


Un aspirateur
pour la fête des mères -
elle s'interroge


Fenêtre ouverte
les bruits de la rue -
je me sens moins seule
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