Tout au plus



Image réalisée par moi-même
 
 
 Tout au plus
 un confetti en sucre
 ou bien une punaise
 enfoncée profond dans le rideau noir,  
 au point que ce soir
 il pleure autour  
 un troupeau d’étoiles.
 
 
 Fusée de paresse,
 mon regard lancé vers  
 le sien
 qui me fixe aussitôt
 un rencard au fond  
 de son quartier le plus proche
 de la mer de la Tranquillité.
 
 
 A peine aluni,
 sous mes paupières
 et mes pieds  
 déjà se déroulent
 
 
 de vieilles pellicules
 de fééries
 peuplées d’étranges  
 personnages
 et d’illusions faites
 avec force bouts  
 de ficelle
 et autant d’enfance.
 
 
       Et puis –
 allez savoir pourquoi –
 entre les plis  
 de ce tissu de mots,
 elle qui s’insinue et grimpe
 pour me rejoindre :

  
 la mélopée d’un piano
 sur laquelle se pose
 la voix suave, aux nuances
 fragiles de Thom Yorke1
 
 
 que j’imagine, le temps d’un soupir,
 frôlé bienveillamment par le fantôme de Méliès.
 
 
 1Chanteur et principal compositeur du groupe de rock britannique Radiohead 

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Portulan bleu n°34/35

108 p – 10 € – illustration de couverture : Solange Guégeais – éd. Voix Tissées

Ont participé à ce n° :

Michel Aurière – Corinne Béoust – Daniel Birnbaum – Patrice Blanc – Anne-Lise Blanchard – Francine Caron – Delphine Cavagné – Alain Chapelain – M-A Corti – Sandy Dard – Karine Djébary – Frédérique Duriez – Jean-François Forestier – Marie-Christine Frézal – Mona Gamal El Dine – Françoise Geir – Rébecca Gruel – Solange Guégeais – Noëlle Hisquin – Michel Hugues – Claire Inchusta – Elda von Korff – Monique Lacroix – Ingrid Ley – Alix Lerman Enriquez – Michèle Lévy – Martine Magtyar – Gérard Paris – Jacqueline Persini – Roberson Pierre – Popette & Hélène – Germaine Raccah – Christine de Rosay – Helios Sabate – Salvatore Sanflippo – Marie-Thérèse Schietsch – Jean-Claude Touzeil – Joël Vincent – Vincent Wahl – Ivan Watelle

Quelques extraits :

Iles


Dans une grande baignoire
J'attends l'heure du soir
Où les riens s'accumulent

Je me suis étendue
Béante et nue
Paupières closes
Toute attentive aux choses

Une goutte, engloutie
Dans une eau peu profonde
Une autre qui la suit,
Leurs ondes toutes rondes.

Ouvrant un peu les yeux
J'ai vu à travers cils
Trois saillies arrondies
Deux seins et un nombril
Dans l'eau du bain trois îles

               Frédérique Duriez



Message

J'ai écrit un message
Sur un parchemin
Y ai ajouté
Mon adresse mail
Mon numéro de téléphone
Et l'ai introduit
Dans une bouteille
Que j'ai jetée à la mer
Maintenant j'attends
La main sur mon portable
Qu'une belle sirène
Me contacte
M'envoie un S.M.S
Pour me donner rendez-vous

             Salvatore Sanfilippo



Question de liberté


Ce gamin
juste sorti de l'école
qui marche avec tant de certitude
vers son futur
se rend-il compte de la chance qu'il a
de pouvoir se servir
quand il le désire
d'un point d'interrogation
tout en rondeurs
avec une courbe en position foetale
prête à la naissance
prête à se déplier
et un petit point
qui pourrait être une tête
prête à vivre
et à accueillir
toutes les réponses du monde.

                Daniel Birnbaum


Le prochain n° aura pour thème  : le désir. Vous pouvez envoyer vos contributions jusqu’au 28 février 2021, à l’adresse courriel suivante : voix.tissees@gmail.com

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Mouvement

                       pour Ingrid.

 
 Là, avec elle,
 tout tranquille,
 dans la rue qui mène
 à notre appartement.
 
 
 Et, soudain,
 au milieu de celle-ci,
 une envie qui
 me traverse l’esprit
       et me prend par la main ;
 
 
 et la sienne lâchant
 je hâte le pas
 pour avoir le temps
 de pivoter
 et de me retrouver en face
 d’elle, et fixer son mouvement, son allure,
 dans mon coeur  
       et sur
              mon portable.
 
 
 Mais un peu troublée,
 à l’instar de l’image qu’elle a d’elle-même,
 elle se refuse au jeu,
 proteste
 en inclinant la tête -
 qu’un charmant chapeau noir surmonte, avec bonheur !
 
 
 Appelons donc cela     beauté discrète. 
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Voyager Golden record

Le Voyager Golden Gold *

 

 Se pourrait-il qu’un jour
 quelqu’un ou quelque chose
 parvienne quelque part -
 
 
 par le plus grand
 et le plus heureux des hasards -
 
 
 à intercepter, décoder et saisir
        les signes
        les sons
        les traces
        les preuves
 de ce que nous aurons été ?
 
 
 Se pourrait-il qu’un jour
 quelqu’un ou quelque chose
 se souvienne ainsi de
 nous autres,
 habitants passagers de cette
 
 
 poussière, bleue
 seconde 
 qui aura traîné en rondeur -
 
 
 par le tout aussi grand
 et beau, et mystérieux des hasards -
 
 
        autour d’un feu
        de Dieu ? 





*   Sources Wikipédia : Le disque d'or de Voyager(ou Voyager Golden Record) est un disque intitulé The Sounds of Earth(« Les sons de la Terre ») et embarqué dans les deux sondes spatiales Voyager, lancées en 1977, servant de "bouteille à la mer" destinée à d'éventuels êtres extraterrestres.
 D'un diamètre de 30 centimètres, il comprend de nombreuses informations sur la Terre et ses habitants, sous forme d'images et de sons, dressant un portrait de la diversité de la vie et de la culture terrestre : photographies de la terre, d'humains, de la nature, enregistrements sonores de bruits du vent, du tonnerre, d'animaux, de cris de nourisson, d'extraits de textes littéraires et de musique classique et moderne.  
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Jogging

Des canards, des mouettes

flaquant sous la pluie glaciale –

Je cours vers l’an neuf

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Dépliant

Hokusai – Vieux tigre dans la neige (1849)

[encre, couleur et gofun sur soie]

 
 Et boom !
 un tigre
 rouge (est-il précisé
 sur l’étiquette)
 surgit du petit pot de baume
 et chaleureusement vient rugir
 alentour de mes tempes.
 
 
 Et hop, 
        d’un bond,
 porté par le puissant courant
 de son parfum de menthe poivrée, me voici
 
 
 devant l’image
 apaisante
 d’un temple sous la neige
 du Japon,
 
 
 celui de Hokusai
 
 
 peignant quelque part un vieux tigre
 (est-il spécifié dans le titre)
 cavalant, au coeur de la nuit, et comme
 suspendu dans les airs
 
 
 figés 
 pour toujours dans la soie
 éployée     à l’instant,
 
 
 pages trente et trente et une de mon livre. 
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Revue Contre-allées n°42

48 p – 5 € (abonnement 16 € pour 4 n° *) – couverture : Valérie Linder

Au sommaire de ce n° :

Olivier Barbarant (invité) – Antoine Bertot – Muriel Carupt – Marie Evkine – Gérard Noiret – Thibault Marthouret (entretien) – Christiane Veschambre (entretien) – James Sacré – Lionel Balard (éditeur)

Extraits d'une suite de poèmes intitulée " j'envie d'asie"


     &&&&&&


je me gomme je m'efface je me raye trait pour trait
j'annule je me barre enfin je m'en vais
je joue à j'oublie
je gomme an par an sur papier
j'écris on peut toujours passer
trait pour trait je me rassemble
on a toujours le choix trait pour trait je me ressemble


    &&&&&&

petite fille soutien je ne savais pas
mot de rien pas beau pour moi
près de la rivière ma grand-mère et sa foi
ça non plus je ne savais pas
assise sur des bancs froids je l'écoutais chanter
tourner les pages d'un livre vert vieux petits caractères
elle chantait ma grand-mère elle souriait
après c'était le signe de croix moi recommencé trois fois
avant ma foi avant mon droit sur les bancs chauds
plus de grand-mère mais moi
un soutien je ne sais pas j'entre j'écoute je chante parfois je crois
un peu à l'homme en croix


   &&&&&&

assise sur un rocher la mer s'emparait de mes jambes
un jour je marcherai vers les maisons claires


                                 Marie Evkine




Ciel bas


Au-dessus des campings
qui s'éveillent dans l'odeur des seringats,
une feuille d'argent est posée.
A l'endroit pour lui, à l'envers
pour les groupes autour des points d'eau,
l'ennui y passe, inlassable,
la mine d'un crayon
afin d'obtenir
nos empreintes par frottage.


Parents

Refusant de voir un présage
dans l'orage qui se prépare, on va
tête basse sur la ligne de crête
jusqu'au grésillement du portable.
Le texto est indubitable :
"Face au Machu Picchu je vous aime"
Du coup, la joie sort de l'ombre,
les pins exultent, les cigales nous envient !
Quant à l'éternité,
c'est la mer de nouveau mêlée au soleil !


                         Gérard Noiret

* 16, rue Mizault – 03100 Montluçon (chèque à l’ordre de Contre-allées poétiques)

Le site de la revue, c’est par ici que ça se passe

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Perrin Langda

14 € – 104 p – éd. la Boucherie littéraire

                 Quelques extraits :



attention peinture fraîche


page web
remplie
vie réelle
vide



free scan
(vous n'avez pas été analysé depuis 61 547 jours)


promis chérie
je vais me nettoyer l'âme
avec un bon antivirus
désinstaller mes vieilles routines
sauvegarder la moins pire image
de moi-même qui me reste
effacer les dossiers trop louches
et on pourra redémarrer une vie
bien mieux formatée
même si ça rame encore
ça va marcher un jour
ou deux



mon futur moi et moi

nan...
j'utilise plus vraiment mon esprit...
j'ai une appli pour m'orienter...
une encyclopédie en ligne qui connaît tout...
des forums pour mes questions à la con...
des tutoriels pour tout apprendre et son contraire...
un site pour mes histoires d'amour secrètes...
des pages de liens vers celles de mes confrères...
soixante-dix teras pour me rappeler...
de mon passage sur cette étrange planète...
et j'ai même une éthique...
définie en nombre de likes...
nan j'utilise plus mon esprit...
maintenant il est trop...
dépassé...
...


OK Google
(l'homme qui googlait à l'oreille de Google)


j'ai tapé :
qu'est-ce que l'homme ?
dans Google
Wikipédia m'a répondu :
"un animal qui se réveille
avec une tablette 11 pouces le matin
qui passe la journée sur son téléphone 5 pouces
et qui s'endort devant une télé 32 pouces"

j'ai tapé :
pourquoi sommes-nous sur Terre ?
dans Google
Google Earth m'a répondu :
"l'important ce n'est pas l'endroit où l'on se trouve
c'est qu'il vous reste 171 964 km à parcourir à pieds
avant la fin de votre itinéraire sur cette planète
soit environ 10 années de marche"

j'ai tapé :
y'a-t-il un dieu ?
dans Google
Twitter m'a répondu :
"le compte de Jésus-Christ
a quasiment autant de followers
que la page Instagram de Mahomet"

j'ai tapé :
et l'amour ?
dans Google
Facebook m'a répondu :
"liker c'est d'abord se liker l'un l'autre
mais vous avez atteint le nombre maximum
d'amis autorisés"







+ Un autre poème d’un autre recueil de Perrin à lire ici

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La lanterne

 
      Quel Noël
      de quelle année, déjà,
      cette lanterne ?

 Une chose est sûre,
 et c’est elle
 en carton
 et papier calque,
 et surtout multicolore.

       Quel Noël
       de quelle année, déjà,
       cette lumière 
       sereine
       qui en jaillit ?

 Une chose est sûre,
 et c’est elle
 bue à la régalade,
 à plein regard
 vacillant vers

      le plus bleu
      et chaud
      du présent.



(Poème pas tout récent légèrement retravaillé. Une ancienne version 
 ici, datant de 2014. Peut-être la bonne, cette fois...)
 
 
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Daniel Birnbaum

70 p – 10 € – Jacques Flament Editions

       Quelques extraits :



La passerelle


Il y avait sur la rivière
une petite passerelle étroite
avec un garde-corps d'un seul côté
de l'autre le vide plongeait sur l'eau
on traversait plus ou moins vite
mais jamais sans un petit frisson
qui durait plus ou moins longtemps

On sentait déjà confusément
que la vie serait comme ça.


*


Pépé

Il jouait aux cartes
avec ses amis
sur la table du bistrot
des jetons
et un canon de rouge
Il jouait comme ça déjà
dans les tranchées
il y a bien longtemps
entre deux canonnades.


*


La neige

En hiver
la neige tombait jusqu'au silence
couvrant les champs
et leurs barrières
laissant de but en blanc
tout un champ du possible
où nos pas d'enfants
faisaient de beaux dessins
Les corbeaux s'y découpaient
comme des pointillés
On aurait aimé
gardé le tout
y compris le silence.

*


Je me souviens
de ma première petite copine
un jour je lui demandai
montre-moi s'il te plaît
j'aimerais bien voir comment c'est fait
je veux bien te montrer aussi
mais toi tu as des frères tu sais
moi je n'ai pas de soeur
alors je n'en ai jamais vu
elle me répondit
tu veux que je sois ta soeur c'est ça ?
C'est alors que je compris
que rien ne serait jamais facile.





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