Mon capitaine

Les roulis, les tangages,
les dérives,
les écueils, les pourquoi,
les comment sans boussole
et sans oublier le chant
des sirènes
comme un alcool
à brûler la cervelle
au sein des vents contraires,
ça, pour sûr,
il connaît par cœur, mon capitaine.

Mais, parfois, une île
se dessine,
apparaît à l’horizon,
dans les brumes d’une nuit blanche,
et c’est un poème
qui vient lécher la page
et donner, par voix
de conséquence,
;;;;;;;;rimes
;;;;;;;;et raison
;;;;;;;;à son désir d’archipel,
;;;;;;;;à tous les sens de son aventure.

 

Pour lire Michel, il suffit d’aller de ce côté-ci : corde raide et corps de rudes

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Raccord

Cela faisait un bail
qu’on ne s’était pas revus,
ni même recontactés –
au moins dix ans et plus
d’un pont
écroulé, abîmé
entre nos bras.

Il a fallu
l’heureux hasard
d’une rencontre
entre toi et ma femme,
dans les rayons d’un hyper,
pour que vienne à balbutier
le travail de raccommodage
de nos frises…

Un après-midi – quelques jours
et un coup de téléphone
échangé plus tard –
tu es donc passé à la maison
pour boire le café
et partager avec nous
un bout de brioche.
Et nous nous sommes
racontés,
de façon synopsis,
le petit film de nos vies
jusqu’à présent,
sachant pertinemment, l’un
comme l’autre, au plus profond
de nos silences,
l’impossibilité à jamais
de rejouer ensemble
toutes les scènes
manquantes –
;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;de pouvoir faire raccord.

Puis il fut l’heure pour toi
de partir.
Alors nous nous sommes salués
en nous promettant,
comme il est d’usage
dans ces moments-là,
de nous revoir… Bientôt,
nous as-tu dit,
il te faudrait retourner là-bas,
dans les montagnes
où tu vis aujourd’hui – Et

rien que d’y resonger,
là, de ma hauteur
d’homme,
j’éprouve
;;;;;;;;;;;;;;;;;;;comme un vertige.

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Outre*

Va-et-vient
;;;;;;;;;;des autos
sous la pluie
::::::::::sur l’avenue, au loin –
Je fixe un point, un pont ;;;;;;;;;;;;vers,
se peut-il,
quelque part d’enfance,
quelques pas
perdus
;;;;;;;;;;à la périphérie – J’attente
au passage
du temps qu’il me fait
ou, plutôt,
je tente
de l’apprivoiser,
de prendre voix,
vigueur,
n’espérant rien
que penser
;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;outre –
va-et-vient
;;;;;;;;;;des mots
sous mon crâne,
;;;;;;;;;;sur la venelle de ma faim.

 

* encore un poème pas tout récent qui me semblait mériter un petit ravalement

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Thierry Radière

Thierry Radière

98 p – 10 € – éd. Le pédalo ivre

Un extrait :

 

Mémére Julienne a fait du vélo
jusqu’à la fin de sa vie
enfin jusqu’à ce qu’on lui
coupe une jambe qui commençait
à gangréner elle allait voir sa soeur
Berthe vivant à dix kilomètres
de chez elle et revenait juste
avant la tombée de la nuit
il faisait frais chez elle et sombre aussi
la maison était basse et donc propice
aux confidences en tout genre
elle en connaissait mémére
des gens qui mourraient
je l’écoutais comme on regarde
un film des années trente en noir et blanc
persuadé qu’à force de côtoyer des mourants
on finissait par être immortel.

 

Le blog de thierry, « sans botox ni silicone », c’est ici

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Marina Tsvétaïéva

 

Marina Tsvétaïéva

288 p –  Poésie/Gallimard

 

… J’aimerais vivre avec vous
Dans une petite ville,
Aux éternels crépuscules,
Aux éternels carillons,
Et dans une petite auberge de campagne –
Le tintement grêle
D’une pendule ancienne – goutte à goutte de
;;;temps.
Et parfois, le soir, montant de quelque mansarde –
Une flûte,
Et le flutiste lui-même à la fenêtre.
Et de grandes tulipes sur les fenêtres.
Et peut-être, ne m’aimeriez-vous même pas…

Au milieu de la chambre – un énorme poêle de
,,,faïence,
Sur chaque carreau – une image :
Rose, coeur et navire,
Tandis qu’à l’unique fenêtre –
Il neige, neige, neige.

Vous seriez allongé tel que je vous aime : paresseux,
Indifférent, léger.
Par instants le geste sec
D’une allumette.
La cigarette brûle et se consume,
Et longuement à son extrémité,
– Courte colonne grise – tremble
La cendre.
Vous n’avez même pas le courage de la faire tomber –
Et toute la cigarette vole dans le feu.

10 décembre 1916.

 

Pour une présentation de la poète, on peut aller ici ou bien

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Réveillon

Les cloches tintent dans le soir.
L’air est doux.
Une année sur le point
de rendre les armes.
Au placard
du cœur,
bien rangés déjà,
ou tout comme si,
les rayons
parmi les ombres.

Dans une poignée d’heures,
minuit et mise
en relief,
cette idée un peu ivre
de table rase
au premier cou-
peret, cotillons, champagne
pour les uns, que l’air
pauvret
du bouchon pour le reste ;
et au milieu
des embrassades convenues
et sur les écrans des portables,
des mots pour des lendemains
qui, tout à coup, chanteraient comme
plus juste à l’oreille
d’un parent, d’un ami ou du monde…

*
D’aucuns,
dans la rue encore, ;;;;;;;à l’écart
de toutes ces bulles
se voulant fraternelles,
n’iront trinquer
qu’avec eux-mêmes, la nuit
;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;et le froid.

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Centre d’appels*

« Non,
pas de problème
pour moi, dit-elle,
faut simplement que je tienne
mes objectifs…
Non, vraiment,
je t’assure,
pas de problème,
faut simplement… »
,,,,,,,,,,,qu’elle enchaîne,
,,,,,,,,,,,appel
,,,,,,,,,,,sur appel,
,,,,,,,,,,,8 minutes,
,,,,,,,,,,,chaque,
,,,,,,,,,,,pas plus,
,,,,,,,,,,,répondre
,,,,,,,,,,,au client,
,,,,,,,,,,,l’amener au bout
,,,,,,,,,,,du fil
;;;;;;;;;;à mordre
;;;;;;;;;;à l’hameçon
,,,,,,,,,,,d’une offre,
,,,,,,,,,,,8 minutes
,,,,,,,,,,,maxi,
,,,,,,,,,,,dixit son chef
,,,,,,,,,,,de staff
,q;;;;;;qui la coache et la colle
;;;;;;;;;glu au casque
;;;;;;;;;de plus en
;;;;;;;;;plus…
« Non, non,
sois tranquille,
pas de problème,
rien que des broutilles :
un loyer à payer,
des enfants
à nourrir, à aimer, y faut simplement… »
qu’elle
;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;tienne.

 

* poème pas tout récent, retravaillé et toujours, je crois, d’actualité…

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Talents divers

 

S’il est un domaine
où je brille
le plus souvent
par mon absence
d’implication durable,
c’est bien le jardin
et ses corolles
et corollaires.
Je veux dire par là que,
sorti du lieu commun
de quelques fleurs
et plantes
(et encore…)
c’est pour moi genre
terrain vague :
Pas foutu ne suis-je, en effet,
d’un brin reconnaître
et nommer tout
ce que toi
tu prends plaisir
plutôt naturel
à entretenir, faire pousser, grandir…
et cela,
même pas piquée –
ou une brindille
à peine –
de voir qu’à la moindre occas’
je rebrousse,
avec beaucoup de soin,
poil,
chemin
;;;;;;;;;;;;;;;buissonnier
;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;dans ma main.

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Distance

Très rarement je vais
sur ta tombe.
Une fleur parfois
déposée au pied,
lorsque pris
sans doute alors
d’un peu comme
du remords
je me décide enfin
à passer le portail.
Et parfois, là,
au milieu de l’allée
où tu reposes
en paix (ou pas),
j’observe cet arbre
tout proche,
majestueux, courbé
selon le vent,
qui appose,
dirait-on,
son ombre
au silence qui fut,
un jour de novembre,
au bout de ton geste
désespéré-
;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;ment notre poids.

 

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Richard Brautigan

Brautigan

415 p – 8.70 € – éd. Points

 Quelques extraits :

 

Poème d’amour

;;;;;;;C’est si bon
de se réveiller le matin
;;;;;;;tout seul
et de ne pas avoir à dire à quelqu’un
;;;;;;;que tu l’aimes
alors que tu ne l’aimes
;;;;;;;plus.

 

Le très beau poème

Je vais me coucher à Los Angeles en pensant
;;;;;;;;à toi.

Lorsque je pissais il y a quelques instants
j’ai contemplé mon pénis
;;;;;;;;avec affection.

Je sais qu’il a été en toi
deux fois aujourd’hui et du coup je me
;;;;;;;;sens très beau.

3 heures du matin
le 15 janvier 1967.

 

Les mémoires de Jesse James

Je me souviens de ces milliers d’heures
passées à l’école les yeux rivés à l’horloge,
j’attendais la récré, la cantine ou
le moment de rentrer à la maison.
;;;;;;;;J’attendais : n’importe quoi sauf l’école.
Mes instits auraient facilement pu chevaucher
avec Jesse James,
;;;;;;;;vu tout le temps qu’ils m’ont volé.

 

Tendre ampoule électrique

J’ai une ampoule électrique Maison de
l’Harmonie longue durée dans mes toilettes,
une 75 watts en verre dépoli.
Ça fait maintenant plus de deux ans
;;;;;;;;que j’habite dans le même appartement
et cette ampoule continue tout simplement de brûler.
Je crois qu’elle m’aime bien.

 

La neige me rend triste

Aujourd’hui dans l’avion pour la côte Est,
d’abord Chicago puis la Caroline du Nord,
la neige me rend triste
en bas dans les montagnes de l’Ouest.
C’est une tristesse blanche qui s’élève
de la Californie, du Nevada, de l’Utah
et du Colorado pour visiter l’avion,
et s’asseoir à côté de moi comme une carte
;;;;;;;;enneigée de mon enfance, datée de 1943.

 

 

Pour faire plus amples connaissances avec l’auteur, on peut jeter un coup d’oeil par

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