Pascal Ulrich

Pascal Ulrich

4O p – 5 € – éd. du Contentieux

Présentation de l’ouvrage (par Robert Roman, l’éditeur) :

« En juillet 2006, Pascal Ulrich fait une cure de sevrage alcoolique à l’hôpital psychiatrique d’Erstein qui est situé à 20 km au sud de Strasbourg. Il est interné dans le pavillon d’hospitalisation D15. C’est une douloureuse épreuve et il va l’écrire, à sa façon : 26 pages bouleversantes, souvent désespérées, 40 poèmes de solitude. Les patients, ses compagnons d’infortune et lui-même, deviennent « les malades imaginaires ». Une manière pour Pascal de nier les troubles mentaux ou d’affirmer que les « fous » ont peut-être une vérité à crier, un discours à faire entendre, même s’il n’est qu’émotif. « Une visite au D.15  » est achevé en mai 2007. Des extraits sont parus dans sa biographie. »

 

Un extrait :

 

La chambre noire
la chimie qui circule
des bruits de pas
des hurlements dans le couloir
(plus tard, j’apprendrais
que pas loin de ma piaule
il y a un mitard
pour calmer certains esprits
chahuteurs, hors-normes,
aux prises avec d’obscures
et tranchantes vérités
qui dépassent toutes
fictions en laisseraient
la majorité sur le
tapis car le mitard
n’est pas littéraire,
pas cinématographique,
pas pictural, non il est tout d’abord
convulsif, émotif et
terriblement triste et au
coeur de la nuit si vous
aimez la tristesse sinistre
se baignant dans la plus
noire lucidité…

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Paréidolie banale

 

 

 

Confetti tout blond,

pour moi seul sourit la lune –

Quelques pastis bus.

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K2 – 18 b

Et un caillou de plus
repéré par Hubble
qui serait, selon les experts,
potentiellement habitable.

Soyons plus précis :
une exoplanète,
portant le doux nom de
K2 – 18 b,
qui aurait une masse
comprise entre un et dix fois
celle de la Terre
et qui se trouve là-bas,
dans la banlieue
de la constellation du Lion,
à quelque cent dix années-lumière,
soit à une distance environ
d’un million cent milliards de kilomètres
de notre système solaire ;
;;;;;;bref, autant dire
;;;;;;(à vol d’oiseau
;;;;;;customisé)
;;;;;;juste à la porte d’à côté.

Et hop ! préparons vite
fusées, vaisseaux
intersidéraux,
intergalactiques,
dedans nos têtes
pleines de rêves
plus grands que nos yeux
scrutant l’immensité silencieuse des cieux…

Ah ! seigneur ! comme on est
si peu de chose !
A peine un cri
dans le cosmos,
un brin de paille,
un pet d’étoile
qui sent
terriblement

que ça prend feu
;;;;;;au lac.

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La mer à boire

 

Raoul Dufy

 

Au MuMa du Havre
on venait de voir
l’expo consacrée à l’œuvre
du peintre – enfant
du pays – Raoul Dufy.
Et si moi j’en ressortais
les yeux saturés, repus
de couleurs et d’avoir pu
s’embarquer un peu à bord
de ses « cargos noirs »,
toi, tes impressions
apparaissaient, dans l’ensemble,
moins vives, plus tièdes,
comme si tu res-
tais à quai, avec ta faim
et l’horizon cotonneux
(c’était ton mot pour le peindre) –
que l’on contempla après –
que des porte-conteneurs
tout lents;;;;;;;; filaient à l’indienne,
;;;;au large de Sainte-Adresse.

 

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Salvatore Sanfilippo

Salvatore.jpg

94 p – 8 € – illustrations : Christal éd. Gros textes

 

Quelques extraits :

A la guerre

A la guerre
Y’en a qui tirent dans le tas
D’autres tirent à vue
Y’en a qui tirent
A bout portant
Y font pas de sentiment
Y’en a qui tirent
Dans les jambes
Y’a des maladroits
Qui se tirent une balle dans le pied
Certains tirent sur l’ambulance
C’est moche
Moi je tire
Au flanc

(Et je discute après)

 

Je ferai des fotes d’ortograff

Je ferai des fotes d’ortograff
Et de gras maire
A bas le dogme
La sainte axe
Les tiques
Rendons omo leur liberté
Orthographiez-les
Comme bon vous semble
Une aile deux ailes
Un air deux airs
Au bûcher les terminaisons
Aux orties les règles
Et leur cortège d’exceptions
Les mots hantés
Les mots en ail
En nage
En nouille
Excès taira
Je ferai des fotes d’ortograff
Pour dépoussiérer la langue
Délit vrai les mots de leur carcan
Figés depuis l’étang ancien
Je ferai des fotes d’ortograff
Pour rendre aux mots leur liberté
Laissons-les sans volets
Cabri olé
Olé
Se parer d’habits colorés
Se costumer à leur gré
Jouer à casse casse
Place à l’imprévu
A la spontanéité
A la fantaisie

Je ferai des fotes d’ortograff

 

Maria

J’écoute Maria
Ma compagne
Faire la cuisine
Le bouillonnement
Des plats sur le feu
Le batteur
Dans le saladier
La découpe
Des légumes sur la planche
Maria fredonnant
(Elle fredonne bien Maria)
J’aime aussi
Quand elle fait la vaisselle
Le tintement des assiettes
Qui s’entrechoquent
L’eau qui coule à gros jets
Oui je l’avoue
J’adore entendre
Maria laver
J’adore entendre
Laver Maria

 

d’autres poèmes de Salvatore à lire ici et sur le blog.

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« Du soleil, sur la pente » sur la Toile de l’un

Toile de l'un

Une note de lecture signée Alain Boudet à propos de mon recueil sur le site La Toile de l’un. Elle se trouve juste

… et on en profite pour découvrir ou redécouvrir ce site qui regorge de tout plein de bonnes choses !

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Daniel Birnbaum

Daniel Birnbaum

82 p – 6 € – éd. Gros Textes

 

Quelques extraits :

 

Photos

Elle fouille dans ses tiroirs
elle en sort une boîte
dans la boîte des photos
des miettes de vie
éparpillées
un peu rassies

elle ne les regarde pas
ça figerait trop ses souvenirs
elle regarde le dos seulement
quand il y a une date
elle ferme les yeux
et refait la photo

le cadre elle l’a dans la tête
c’était toujours au même endroit
elle ne veut plus y aller
de peur qu’il n’ait changé

alors il reste quoi
la pointe pour l’accrocher
même pas
elle l’a dans le coeur.

La rivière

Au bord de la rivière
on n’entend que la rivière
les poissons ont été faits muets
exprès
il y a bien quelques insectes
qui font écho au clapotis de l’eau
mais tout est paisible

elle y resterait des heures
s’il n’y avait ces souvenirs
qui reviennent sans cesse
de quand elle venait là
jouer avec les autres
on n’entendait que les rires
au bord de la rivière
les enfants ont été faits rieurs
exprès
pour qu’un jour ils se rappellent
qu’on rit facilement
quand on est ensemble
et en paix
et qu’il n’y a que les insectes
qui peuvent déranger.

Recul

Elle est assise seule
au fond du café
de sa place elle a vue sur tout le monde
elle aime ça
elle est à la fois dedans
et en dehors
plus elle avance en âge
plus elle veut prendre du recul
comme si elle était assise à la place du mort
et tentait de freiner
à la place du chauffeur.

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Le guetteur

Dans mon tout petit carnet
à la couverture beige
constellée de taches vertes
façon tenue militaire
de camouflage, depuis
un certain temps, je consigne,
note, griffonne, accumule
les mots et les expressions –
comme autant de munitions –
qui font mouche en moi, retour
du front d’un livre, d’un frô-
lement de page achevée
avec plus ou moins un goût
de sens conservé en bouche.
Et j’attends, rime orpheline,
ruminant, mangeant ce pain
de peu de mie, pain de guère,
redoutant cet ennemi
que je vois venir – de loin,
de près, si souvent : le vide,
sans plus alors de détours
possibles ni tours de phrases,
de passe-passe, là où
lopins d’éthers et lapins
multicolores se cachent
au fond du chapeau d’enfance.
;;;;;;Et puis voilà t-y pas que,
;;;;;;sortant du bois des images,
;;;;; le vaillant soldat Morgan
;;;;;;est encore ici sauvé,
;;;;;;sans trop la gueule cassée,
;;;;;;en césure, ;;;;;;;;;et s’applaudit,
;;;;;;dans un roulement d’humour,
;;;;;;à en rompre tous ses doutes.

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Ted Hughes

Ted Hughes

246 p – 19,50 € – éd Gallimard

Extrait de la 4ème de couverture :

« Quelques mois avant sa mort, Ted Hughes (1930-1998), l’un des plus grands poètes anglais du XXe siècle, publie Birthday Letters, un recueil de lettres-poèmes adressées à son épouse l’écrivain Sylvia Plath, disparue trente-cinq ans auparavant.
Accusé – parfois violemment – d’être responsable du suicide de la jeune femme, Ted Hughes avait toujours gardé le silence, refusant d’évoquer les sept années de leur vie commune. On découvre avec Birthday Letters qu’il n’a jamais cessé d’écrire à Sylvia, s’efforçant de garder intact sa présence, se heurtant à l’incertitude des souvenirs, et à la hantise du « futur » qui les attendait et qu’ils n’auront pu vivre. […] »

 Un poème de ce recueil :

Lumière parfaite

Tu es là, dans toute ton innocence,
Assise parmi les jonquilles, comme un tableau
Où tu aurais posé pour illustrer « l’innocence ».
La lumière parfaite sur ton visage l’illumine
Comme une jonquille. Comme pour chacune de ces jonquilles,
Cela devait être ton seul mois d’avril sur terre
Parmi tes jonquilles. Dans tes bras,
Comme un nounours, ton fils tout juste né,
A quelques semaines seulement de son innocence.
Mère et enfant, comme un tableau de la Sainte Famille.
Et, à tes côtés, les yeux levés sur toi, rieuse,
Ta fille, deux ans à peine. Comme une jonquille
Tu penches la tête vers elle, tu lui dis quelque chose.
Tes mots se sont perdus dans l’appareil photo.
Et le savoir
Acquis par la colline sur laquelle tu es assise,
Une colline comme la douve d’un fort,
Plus grande que ta maison,
N’a pas réussi à apparaître sur la photo. Et l’instant
Qui pour toi devait venir,
S’approchant de toi comme un fantassin,
S’éloignant lentement de son no man’s land,
S’est incliné sous quelque chose, ne t’a jamais atteinte –
S’est fondue dans la lumière parfaite.

 

 

 

Sylvia et Ted

 

Sylvia et Ted à Londres, le 25 juillet 1960.

 

plath-mother

Sylvia et leurs enfants ( Frieda et Nicholas)

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Thierry Roquet

Thierry Roquet

94 p – 6 € – éd. Gros Textes

 

 Un extrait :

Le baril de brute

Le prix de l’essence a encore augmenté
ce mois-ci
ça n’a l’air de rien ce que je vous dis là
mais dans vingt ans dans cinquante ans
dans mille ans peut-être
on cherchera assidûment à quel jour
à quelle année correspond ce fameux
mois-ci dont je vous ai parlé
si tant est bien sûr que dans vingt ans
dans cinquante ans dans mille ans encore
quelqu’un lise ce texte
bon OK posons ça comme
un simple postulat hypothétique
entouré d’une réalité à peine plausible
il n’empêche que le prix de l’essence
a encore augmenté
ce mois-ci.

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