Au beau fixe

Cette photo où nous sommes –
dans la chambre –
Cette complicité évidente,
comme va de soi la mer,
en arrière-plan,
embrasser le sable.
Il me semble entendre rire
des mouettes
au fond de tes yeux bleus.
;;;;;;;;Et à dire vrai,
rien de plus naturel
à cela :

Tu as toujours eu le sens
de l’amour.

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Matt Mahlen

Matt Mahlen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

18 pages – tirage limité : 41 exemplaires

 

Un extrait :

Elégie à la parole contraire

à Erri de Luca

« Je revendique le droit d’utiliser le verbe « saboter »
selon le bon vouloir de la langue
(…) J’accepte volontiers une condamnation pénale,
mais pas une réduction de vocabulaire. »
écrit Erri de Luca dans La parole contraire.

 

Dans le tout-monde, là-bas, ici ailleurs
en l’air au bout de la terre tout à côté
De grandes machines mangent les pierres
la grande entreprise recrache encore de l’or
les mille bras armés des destructeurs
prennent tout et toute la vie en otage
et nous condamne au progrès

Sous le ciel bleu, des hordes de fossoyeurs
tuent les fleurs l’ordre animal humain local
des hommes en costards gris de poussières
agissent dans l’ombre, la loi comme lumière
tordent nos bras, les coeurs et nos paroles
dynamitent le beau agitent des leurres
pour asseoir un monde qui ne tient pas debout

Alors s’assoit un homme qui pense et dit
Alors s’assoit un homme devant les vandales
Alors s’assoit un homme fait de mille autres
Alors s’assoit un homme sans piédestal
Alors s’assoit un homme qui parle
Alors s’assoit un homme puis une femme
Alors se dresse une pierre, un mot, un arbre, une main qui
barrent le passage

VI.2015

***Le site de Matt est à découvrir ou redécouvrir ici.

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Bernard Bretonnière

Dans la compagnie des anges

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

104 p – 12 € – couverture : Jean Fléaca – éd. Le Dé bleu /Ecrits des Forges

 

 

Un extrait :

 

Quarantième été

pour Clément

Moi, fourbu,
face à mon fils, magistral,
de l’autre côté de la table de teck,
dehors au couchant
et le bruit des vagues si proche par à-coups –
;;;;écoute ! –
tous deux, seulement tous deux, nous.
Moi, en tout apparemment honnête,
c’est-à-dire médiocre peut-être,
père, époux, fils, écrivain, journaliste.
A l’âge de tant et de si peu,
nain,
– lecteur agacé aujourd’hui du géant
;;;;Maïakovski –
devant choisir et ne choisissant pas
peinant à me lever
chaque matin
comme s’il me fallait naître chaque matin
avec l’exacte et terrible conscience de ce qu’est
;;;;la vie
la piètre vie
brutale, souffreteuse et étroite
attendant l’heure, une heure. Quelle heure ?
Vidé, face à mon fils, magistral
– et les trente-trois ans qui définitivement nous
;;;;séparent.
Je lui demande de me dessiner la vie,
il me répond de haut : « La vie, ça ne se dessine pas. »
Faudra bien inventer autre chose.

 

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Robert Piccamiglio

 

Minuits partagés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

112 p – éd. Le Dé bleu/Ecrits des Forges

 

Un extrait :

 

Rendez-vous à Trieste

J’avais rendez-vous
un soir d’hiver avec mon père
à la gare de Trieste
près du monument aux morts
mais il n’est jamais venu
ou alors peut-être
est-ce moi qui n’ai pas été
capable de le trouver.

Pendant longtemps
seul j’ai traversé la nuit
j’ai vu partir beaucoup de trains
avec dedans plein de gens
aux visages vides
tristes fatigués.

Quand la nuit
en a eu fini avec elle-même
au-dessus de la gare de Trieste
je suis entré
dans le premier bar venu
je me suis appuyé contre le comptoir
le type derrière s’est avancé
il m’a demandé
;;;;;;« Expresso ? »
je lui ai répondu
;;;;;;« Mettez-en deux
;;;;;;un pour moi
;;;;;;un autre pour celui
;;;;;;qui va venir »

J’ai ajouté que j’attendais
quelqu’un
le type m’a répondu
que jamais plus personne
ne venait ici depuis longtemps
et que j’étais le dernier
je lui ai dit
;;;;;;« Tant pis j’attends quand même
;;;;;;il faut bien qu’il me reste
;;;;;;quelque chose à faire
;;;;;;alors pourquoi pas
;;;;;;ça ? « 

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Soupir

Pie au vol criard

sous la chaleur éloquente –

J’écris un silence.

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Yann Sénécal

 

couv Yann Sénécal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

92 p – 10 € – éd. Clarisse – couverture Laurence Voisy-Payet

 

 

Un extrait :

 

Dépêche-toi
Lâche un peu TF1
Entre deux pages de publicité
Tu penses à ton premier rendez-vous
Sa tête sur tes genoux
Et la peur qu’elle ne soit plus là demain matin

Entre deux concepts et idées
Tu changes de chaîne
Tu réclames une vie moins chère

Un peu désemparé
Exaspéré
La solitude frappe à ta porte
Tu fais semblant de rien
Tu ne réponds pas
Tu te caches derrière des slogans
Au lieu de vraiment parler

On peut également lire ici, sur le blog, 2 extraits du précédent ouvrage de Yann.

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Cave

;;;;La nuit tombe.
;;;;Le long de l’avenue
tu vas
;;;;et vagues
en roue libre
voilée d’intranquillité.
Au carrefour tu guettes
la file
de plus en plus fantomatique
des voitures qui viennent –
une fraction de feu rouge –
rompre
la chaîne
interminablement huilée
de ton attente.
;;;;(Qu’est-ce qu’ils font
;;;;à la fin ?
;;;;Qu’est-ce qui freine
;;;;à ce point
;;;;leur retour ?)
Mais il faudra bien
;;;;te résoudre à rentrer,
;;;;à descendre
ton vélo,
dans la crainte,
dans la cave
où patientent
rats,
revenants,
morsures
;;;;de la nuit-tombe.

Une première version de ce poème  figure ici sur le blog. Il fait partie d’un recueil inédit intitulé Sous la cognée.

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Salvatore Sanfilippo

salvatore sanfilippo siffleur de lunes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

82 p – 10 € – éd. Voix Tissées

 

Un extrait :

Dites-lui
Quand elle viendra
Que je suis monté sur le cèdre
Au bout du champ
Que c’est là que je l’attends
Attendre ici
Attendre ailleurs
Puisqu’il faut attendre
Huitième branche
A gauche
Pas trop près du bord
De là-haut
La vue est dégagée
Impossible que l’on me confonde
Avec un quelconque volatile
Qui au moindre bruit
Prendrait la poudre d’escampette
Rien ne m’effraie
Je suis serein
Les yeux fixés au loin
Aucun mouvement
Ne trahit ma présence
Seul le souffle du vent
Dans le feuillage
Vient perturber le silence
Je suis insensible
A tout ce qui m’entoure
Même la pluie fine
Qui s’est mise à tomber
Ne m’affecte pas
Je l’attends
Je suis passé maître
Dans l’art d’attendre
Quand vous lui indiquerez mon refuge
Vous lui direz bien
Qu’elle crie bien fort mon nom
Je suis un peu sourd d’oreille

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Lâcher prise

Tombé si bas,
tombé si bas,
on ne peut…

Le petit garçon
s’éloigne à contre-pente
sur son cheval boiteux
en me saluant bien haut.

Tombé si bas,
tombé si bas,
on ne peut que…

Cette fois,
je ne le retiendrai pas
comme une mauvaise
leçon d’errance.

Tombé si bas,
tombé si bas,
on ne peut que mieux…

Au passé je l’abandonne,
n’en sauvant que la seule
tendresse
et un galop frémissant.

Tombé si bas,
tombé si bas,
on ne peut que mieux

remonter, me dis-je,

ou alors…

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Pascale Albert

Pascale Albert

 

 

 

 

 

 

 

 

éd.Donner à voir – collection des « Petits Carrés » – 56p – 8 €

 

 

Un extrait :

 

Le vide a creusé
son ventre à la pelle
La terre dedans
en croûtes sèches
Impromise
Les nuits sans pluie
ont griffé ses envies
pourri les racines d’un désir
improbable

 

et un petit autre :

Rien à sourire
à ses voisins de table
Elle noie dans le blanc
le peu d’elle
Pas d’ici pas d’ailleurs
Les autres de quelque part
lui font peur
Elle tait son regard

 

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