Aux anges qui passent

Cette fenêtre
qu’on ouvre
au mitan des heures qui s’étirent
et bayent
aux corneilles,
et au chant du linge
séchant au vent,
et aux chats pachas
alanguis, avachis
sur les murs, les trottoirs
et les balcons alentour ;

cette fenêtre
qu’on ouvre
aux anges qui passent,
et depuis laquelle on regarde
à l’intérieur
de soi,
tout en courant
sur la corde d’un songe.

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Jules Laforgue

Laforgue.2

310 p – collection Poésie/Gallimard

Extrait « Des fleurs de bonne volonté » (1890)

 

Petite prière sans prétentions

Notre Père qui êtes aux cieux (Oh ! là-haut,,
Infini qui êtes donc si inconcevable !)
Donnez-nous notre pain quotidien… – Oh ! plutôt,
Laissez-nous nous asseoir un peu à Votre Table !…

Dites ! nous tenez-vous pour de pauvres enfants
A qui l’on doit encor cacher les Choses Graves ?
Et Votre Volonté n’admet-elle qu’esclaves
Sur cette terre comme au ciel ?… – C’est étouffant !

Au moins, Ne nous induisez pas, par vos sourires
En la tentation de baiser votre coeur !
Et laissez-nous en paix, morts aux mondes meilleurs,
Paître, dans notre coin, et forniquer, et rire !…

Paître, dans notre coin, et forniquer, et rire !…

 

 Esthétique

La femme mûre ou jeune fille,
J’en ai frôlé toutes les sortes,
Des faciles, des difficiles ;
Voici l’avis que j’en rapporte :

C’est des fleurs diversement mises,
Aux airs fiers ou seuls selon l’heure ;
Nul cri sur elles n’a de prise ;
Nous jouissons, Elle demeure.

Rien ne les tient, rien ne les fâche,
Elles veulent qu’on les trouve belles,
Qu’on le leur râle et leur rabâche,
Et qu’on les use comme telles ;

Sans souci de serments, de bagues,
Suçons le peu qu’elles nous donnent,
Notre respect peut être vague,
Leurs yeux sont haut et monotones.

Cueillons sans espoirs et sans drames,
La chair vieillit après les roses ;
Oh ! parcourons le plus de gammes !
Car il n’y a pas autre chose.

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Alain Bosquet

bosquet

128 p – collection Folio Junior (1985)

 

Extrait de « Poèmes, un »

 

J’écrirai

j’écrirai ce poème
;;;;pour qu’il me donne
;;;;un fleuve doux
;;;;comme les ailes du toucan
j’écrirai ce poème
;;;;pour qu’il t’offre une aurore
;;;;quand il fait nuit
;;;;entre ta gorge et ton aisselle
j’écrirai ce poème
::::pour que dix mille marronniers
::::prolongent leurs vacances
::::pour que sur chaque toit
::::vienne s’asseoir une comète
j’écrirai ce poème
::::pour que le doute ce vieux loup
::::parte en exil
::::pour que tous les objets reprennent
::::leur leçon de musique
j’écrirai ce poème
::::pour aimer comme on aime par surprise
;;;;pour respecter comme on respecte en oubliant
;;;;pour être digne
::::de l’inconnu de l’impalpable
j’écrirai ce poème
::::mammifère ou de bois
::::il ne me coûte rien
::::il m’est si cher
::::il vaut plus que ma vie

 

Extrait de « Le livre du doute et de la grâce »

 

L’herbe

L’herbe décide :
« Il faut s’asseoir, et par prudence
prendre racine entre deux pierres. »
Puis deux herbes corrigent :
« Il ne faut pas dormir mais croître,
écarter chaque pierre
et prendre soin de notre espace :
l’azur est un ami. »
L’herbe discute :
« Je suis modeste et me méfie des arbres ;
je ne dois pas faire comme eux
avec leur stratégie de poulpes
et leur façon de pêcher les étoiles. »
Puis deux herbes corrigent :
« Ne nous excusons pas, soyons nombreuses ;
oui, par exemple, comme les fourmis ;
un jour, tout ira mal, il y aura des morts ;
c’est nous, et rien que nous, qui les recouvrirons. »
L’herbe décide :
« Je serai neutre,
je serai verte, un peu jaunâtre, imprévisible. »
Etrangère, une autre herbe demande :
« Où est le haut ? Où est le bas ? Où sont nos ailes ?
Si nous pondions des oeufs ?
Allons-nous alerter la montagne ?
Est-ce à jamais que nous sommes des herbes ? »
Et l’herbe dit :
« J’ai trop pensé ; depuis l’aube, je pousse. »

 

et un autre poème, parmi tant d’autres, découvert ici

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Philippe Landreau

Philippe Landreau

48 p – éd. Le Dé bleu (1976)

 

 Extraits :

 

les fumées d’oiseaux font un chant
;;;;grave
aux cheminées du jour

à bout de souffle on soutient des mondes
des enfers quotidiens des gestes cent-
;;;;tenaires

le jour inutilement s’appuie sur les
;;;;tempes

puis les songes plongent dans les si-
;;;;lences
la vie qui piétinait
fait place à la douceur
voyage dans les couleurs

*

le repos m’arrive
je partais d’un rire brisé
en éclats
le paysage refusé
les oiseaux retournés à leurs coquilles

puis lentement à travers le charnier
de la page ;;;;;ses labyrinthes aiguisés
la paix vient ;;;de m’être donnée

sur mon métier je contemple
la tapisserie tissée de mon sang
les noeuds de points d’interrogation
les couleurs contenues un peu secrètes

simplement rassasié ;;j’existe

 

Quelques autres poèmes de cet auteur trouvés sur le site de la revue Francopolis, dont celui-ci

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Confinement

Voici l’heure
où tout le monde doit
jusqu’à nouvel ordre
rester cloîtré chez soi.

C’est que, voilà,
on vient de déclarer la « guerre »
à un virus
et que, par conséquent,
on nous enjoint
de resserrer nos liens,
malgré et dans

la distance.

Bah ! qu’on se rassure un peu
(enfin… c’est le cas pour moi)
la poésie, elle,
circule encore

parmi les jonquilles
et un ciel plutôt bleu
comme défiant
et toisant

l’anxiété ambiante.

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Georges Cathalo

Cathalo

12 € – 54 p – éd. A l’index * (dirigées par le poète J.C Tardif)

 

Extraits :

Gérer

gérer gérer gérer
ils veulent tout gérer
leur existence et leur santé
leurs forces et leurs faiblesses
leur haine et leur amour

collés au moindre instant
ils vivent dans la seconde présente

ils iraient jusqu’à prétendre
qu’ils gèrent le jour et la nuit
et qu’ils dominent le cours des choses
et qu’ils maîtrisent le temps qui passe
quand ils en sont les esclaves consentants

et leur credo perpétuel est celui-ci
t’inquiète je gère.

 

Silencieux

gloire aux taiseux aux silencieux
à ceux qui travaillent dans l’ombre
pour soulager les maux des autres

dans les cliniques dans les hospices
jour après jour seconde après seconde

gloire aux obscurs et aux sans-grade
à ceux qui ne seront jamais
dans la lumière de l’actualité

gloire à ceux qui creusent des puits dans le désert
juste pour que des yeux s’illuminent
quand jaillit l’eau du forage.

 

*Jean-Claude TARDIF -11, rue de Stade – 76133 Epouville – revue.alindex@free.f

 

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Assises

Vaille que vaille,
ligne après ligne,
la raison qui fait l’angle
et le soleil qui fend
;;;;la gueule
;;;;de l’ombre.

De chaque côté
les rêves ;;;;;;;;;et les rêves.

;;;;Et là,
quels que soient le chemin,
l’avenue, la venelle
;;;;que j’imprègne,
;;;;qui m’empruntent,

ce n’est pas l’éboulis –
en ce moment précis
;;;;perçu –
que je crains le plus,

;;;;mais l’oubli.

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Article dans le journal Ouest-France (jeudi 5 mars 2020)

 

(Pour afficher l’article en taille réelle, cliquer sur l’image)

 

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Article dans la Renaissance – Le Bessin

La Renaissance - Le Bessin - mardi 3 mars 2020N’ayez pas peur de venir contracter, samedi prochain, entre 15 h et 18 h, à la librairie Metropolis de Bayeux, le virus de la poésie, beaucoup plus salubre que l’autre !

 

L’article en question (en plus grand et plus lisible) sur le site de La Renaissance – Le Bessin, juste ici.

 

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Mon meilleur rôle

 « Mon meilleur pote »
qu’il dit,
évoquant de nouveau
cet ami en commun

que nous n’avons pas.

Et soit dit au passage
du temps,
aucune trace
d’avoir eu, quelque jour,
la joie,
le privilège ou l’heur
d’être élevé

à telle dignité…

Au mieux, le plus
souvent j’ai pu
me sentir comme
ce remplaçant
qui, sur le banc de touche,
attend son tour

qui ne vient pas – tout comme
quelqu’un qui jouerait ;;;;;;;;à part soi
sans jamais tout à fait

participer.

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