Bacchanales n°63 – Revue de la Maison de la poésie Rhône-Alpes

236 p – 22 € – édition de création de la Maison de la poésie Rhône-Alpes

Au sommaire de ce n° : Rodney Saint-Eloi – Laurence Vielle – Claudio Pozzani – Eva-Maria Berg – Michaël Glück – Jean D’Amerique – Anna Anayoglou – Tahar Bekri -Hervé Bienfait – André Bucher – Heather Cahoon – Luisa Campanile – Gérard Cartier – Watson Charles – Viviane Ciampi – Aurélien Delsaux – Erri De Luca – Alain Di Megglio – Monique Domergue – Hélène Dorion – Frédéric Dumond – Estelle Dumortier – Irène Gayraud – Geneviève Genicot – Marie Ginet – François Guerrette – Karin Huet – Patrick Joquel – Amin Khan – André Laiolo – Chloé Landriot – Chantal Legendre / Chanath – Mauro Macario – Béatrice Machet – Dominique Massaut – Emmanuel Merle – Maxime-Hortense Pascal – Jean-Baptiste Pedini – Max Ponte – Dimitri Porcu – Patrick Quillier – Florentine Rey – Jean-Christophe Ribeyre – Morgan Riet – Jean-Daniel Robert – Chloé Rolland – James Sacré – Charles Sagalane – Salvatore San Filippo – Patricio Sanchez Rojas – Arnaud Savoye – Jorge Vargas – Maud Vinçon Thiria – Judith Wiart

    Quelques extraits :


Ce qui se dit d'une feuille

La feuille n'est pas toute contenue
dans ce qui se dit
elle perçoit des passants qui parlent
mais elle se fiche
de ce qui se dit
la feuille cache une vérité de feuille
des alphabets ondulatoires
l'appel d'un outre-souffle
une plante malade se voit à ses feuilles
qui jaunissent dans l'ennui
la feuille c'est une étrange présence mystique
il faut en parler dans une langue vitale
et non pas pompeusement lyrique
dans les charniers on recouvre les trous avec de la terre
et par-dessus la terre passent des siècles de feuilles
cette anarchiste libre de rougir
de danser sur le marbre des caveaux
veut bien que les larmes du soleil s'y déposent
d'ici je vous vois - feuilles - j'essaye de vous nommer
ça prend une vie nommer
feuilles de sureau de lierre d'arnica de laurier d'ortie
de micocoulier de caroubier de robinier de houx
de hêtre commun de chêne commun de frêne commun
de tilleul commun de catalpa commun de buis commun
mais rien n'est commun si je vous nomme
je rêve d'apprendre vos noms latins des listes entières
de noms latins je nomme je nomme et vous nomme
si je vous nomme je suis vivante si vivement vivante
je n'en ai pas la preuve mais
c'est ce qui se dit.

                    Traduit de l'italien par l'auteure.

                                      Viviane Ciampi




Je suis la mer


Je suis de mer
Car tous nous tenons de la mer un peu
Dans les yeux
       Les larmes
Le sang.
Dans la conque de mon oreille
Tu entendras la montée de la marée.

Je suis de la mer.
Je porte entrelacé dans les cheveux
Le jeu ailé des mouettes
Et dans les yeux
Le toujours triste jeu humain
De l'homme qui voulait être mouette sans pouvoir l'être
Avec ses ales si petites
Et son corps si grand
       Si inutile.
Je suis de la mer
Peu importe quelle mer.

Je suis la mer
Tel est mon nom
Bien qu'on m'appelle Jorge.
        En moi naviguent tous
Les rêves du monde.


                Traduit de l'espagnol (Mexique) par Patrick Quillier.


                                     Jorge Vargas



Le vieux berger de mon enfance
n'a lu aucun livre
ne connaît ni Giono ni Gracq
n'a jamais écrit que
des chiffres griffonnés
sur un carnet de compte
Le vieux berger
a passé sa vie à accompagner ses bêtes
en la seule compagnie d'un chien
puis d'un autre
il a regardé droit devant
toujours le même arbre
les mêmes monts
le même ciel
à la transhumance.
Il n'a vu aucun film
aucune peinture de musée
n'a jamais entendu la voix de Nina Simone
n'a touché aucun corps de femme
ou d'homme
n'a jamais dit je t'aime
ou peut-être
est-ce un secret qui ne me regarde pas.
Il ne parle que quand cela est nécessaire
il ne parle que pour dire l'essentiel.

Je ne croise jamais ses yeux.

Assis devant un café
on dirige tous les deux
nos pensées
au-delà de la fenêtre
et j'essaie juste
d'être à la hauteur de son silence.


                                   Judith Wiart


A propos Morgan Riet

Né en 1974 à Bayeux dans le Calvados. Y réside toujours. Ecrit parfois. Textes publiés dans les revues suivantes : Décharge, Comme en poésie, Cairns, Ecrit(s) du Nord, Recours au poème, Créatures, L'Air de rien, Gros Textes, Spered Gouez, Terres de femmes, Friches, L'Autobus,Wham !,La Piscine, Traction-brabant, Coup de soleil, Microbe, Terre à ciel, Poésie première, Florilège, A l'index, Le Capital des mots, Francopolis, Meteor, Touroum bouroum, Mauvaise graine, Poésie/Seine, les Nouveaux cahiers de l'Adour, Inédit Nouveau, les Tas de mots, Libelle, Ce qui reste, Fenêtre sur poésie, les Amis de Thalie, 17 secondes, l'Herbe folle, les Cahiers de poésie, les Cahiers de la rue Ventura, Verso et Paysages écrits *** Recueils et plaquettes : "Lieu cherché, chemins battus" (éd. Clapàs - 2007), "En pays disparate" (même éditeur - 2010)," Midi juste environ" (auto-édition - 2011), Du côté de Vésanie, illustré par Matt Mahlen (éd. Gros textes - 2012), ça brûle (-36° édition - 2012), "Quelque chose", photos de David Lemaresquier (éd. Les Tas de mots - 2013), "Vu de l'intérieur" , illustré par Hervé Gouzerh (éd. Donner à voir - 2013), "A fleur de poème", illustré par Matt Mahlen (même éditeur - 2016), "Sous la cognée" (éd. Voix tissées - 2017), "Chute de fiel / Sang & Diesel" (éd. Gros textes - 2018), "Du soleil, sur la pente" (éd. Voix tissées - 2019), "Suite florale" (éd. Le Cercle et le Carré – 2019), livre d’artiste tiré à 20 exemplaires composé de 15 estampes (15 artistes différents) et d’un court poème accompagnant chacune d’entre elles. "Ou serait-ce autre chose ?", image de David Lemaresquier (Christophe Chomant éditeur - 2020), "Pas par quatre chemins" illustré par Hervé Gouzerh (éd. Donner à Voir - 2021). Ouvrages collectifs : "Visages de poésie" - tome 6 - de Jacques Basse (éd. Rafael de Surtis - 2012), "L'insurrection poétique" - collection Po&vie (éd. Corps Puce - 2015), "Perrin Langda & compagnie (Mgv2>publishing - 2015), "Arbre(s)" (éd. Donner à Voir - 2016), "Dehors, recueil sans abri" (éd. Janus -2016), Au fond des yeux #2 – Yvon Kervinio (éd. l’aventure carto – 2017), Duos – 118 jeunes poètes de langue française né(e)s à partir de 1970 – Anthologie dirigée par Lydia Padellec – Bacchanales N° 59 (Maison de la poésie Rhône-Alpes - 2018), "Jardin(s)" (éd. Donner à Voir - 2019), Nature & poésie – Bacchanales N°63 (Maison de la poésie Rhône-Alpes – 2020) et Ralentir (éd. La Chouette imprévue – 2020).
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4 commentaires pour Bacchanales n°63 – Revue de la Maison de la poésie Rhône-Alpes

  1. Topa dit :

    Une revue de qualité avec des auteurs/trices à la même hauteur !…
    (J’aime bien le poème sur les feuilles…)

  2. Morgan Riet dit :

    Oui, elle est vraiment superbe ! La Maison de la Poésie Rhône-Alpes fait du très bon boulot.

  3. Minik do dit :

    Très bon choix de poèmes…

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